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CinéCritique: Allied

Amour et trahisons: Malgré l’extraordinaire alchimie entre Brad Pitt et Marion Cotillard, «Allied» de Robert Zemeckis n’est qu’un mélodrame poussif et poussiéreux qui peine à épater.

Sur le papier, l’histoire a de quoi faire battre le cœur. Un officier canadien et une résistante française qui doivent faire semblant d’être en couple afin d’éliminer l’ambassadeur allemand au Maroc tombent amoureux pour de vrai. Après l’attentat (réussi), Max Vatan (Brad Pitt) rentre à Londres, Marianne Beauséjour (Marion Cotillard) l’y rejoint plus tard. Ils se marient, fondent une famille et sont heureux… jusqu’au jour où la jeune femme est soupçonnée de haute trahison. Son mari aura 72 heures pour l’innocenter. Sinon il devra la tuer de ses propres mains.

Durant la première moitié du film, on suit les faux mariés sur les toits de Casablanca et dans le désert nord-africain – des scènes qui rappellent «The English Patient» d’Anthony Minghella –, puis à Londres où Marianne accouche d’une fille sous le bombardement nazi. Les reconstitutions sont superbes, les costumes magnifiques, les prises de vue assez spectaculaires. Et pourtant, on reste comme de glace. Mais ce n’est pas la faute aux deux acteurs à peu près seuls à non-exister à l’écran, mais c’est plutôt le rythme sans suspense de la narration qui gêne. Loin d’un thriller racontant une histoire intense en pleine Seconde Guerre mondiale, «Allied» s’avère un mélodrame mou. Un pur divertissement hollywoodien qui profite de son casting cinq étoiles pour faire impression. Hélas, en vain.

Bien qu’on aime Marion Cotillard si souvent parfaite, elle n’est pas Ingrid Bergman. Et Brad Pitt n’est pas Cary Grant et encore moins Humphrey Bogart. À force de vouloir magnifier chaque plan de son film, Robert Zemeckis transforme les deux stars en poupées sans âme et sans sang. Même au moment où Monsieur Vatan apprend que son épouse n’est pas celle qu’elle prétend être, mais une espionne à la solde des nazis, sa tension ne monte guère. Enfin, il la regarde d’un air encore plus réservé. Il lui fait l’amour autrement, plus violemment apparemment. C’est tout. Pas de séisme, pas de tsunami. Que tout le monde garde son calme, s’il vous plait!

Somme toute, il n’y a qu’une seule séquence vraiment déchirante (quoique prévisible) qui sauve «Allied» de sombrer immédiatement dans l’oubli. Après que Marianne se soit avouée coupable, après que Max ait tué les complices, le couple veut fuir ensemble. Durant quelques secondes, le glamour s’évapore pour montrer deux êtres de chair et d’os. Un homme et une femme qui s’aiment éperdument et qui sont prêts à tout pour garder leur amour intact.

«La trahison intime est une thématique passionnante et humaine», prétend Robert Zemeckis. Pourquoi alors n’a-t-il pas essayé de miser sur cet aspect? Au lieu d’hésiter entre une «love story» sans émotions et un film d’espionnage vieillot et souvent involontairement comique. Pauvre Marion Cotillard, complètement sous-employée, et pitié pour Brad Pitt qui traverse le film en somnambule du matin au soir. Sous la régie d’un metteur en scène moins soucieux d’une esthétique à l’ancienne et moins empressé de rendre hommage aux grands films noirs des années 1940, les deux acteurs si charismatiques auraient sans doute formé un duo de choc. La scène-clé, dans laquelle l’agent secret Marianne se vante «Je fais en sorte que mes émotions sont réelles. C’est pour ça que ça marche» aurait donné le ton. Car c’est exactement cette frontière souvent imperceptible entre le faux-semblant et le réel qui aurait dû intéresser le réalisateur. Mais malheureusement, ce n’est pas le cas. Et ainsi, «Allied» se résume à une grosse production américaine qui satisfera les fans d’un cinéma ultra-classique. Tous les autres resteront sur leur faim.

Horaires

Allied ★★★★★
Réalisation: Robert Zemeckis / avec Brad Pitt, Marion Cotillard, Jared Harris / USA 2016 / 121 minutes / Utopolis.

Gabrielle Seil

Journalistin

Ressort: Kultur

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Author: Philippe Reuter

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