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CinéCritique: «Deux moi»

Rémy et Mélanie ont trente ans et vivent dans la même rue. Chaque jour, ils se rencontrent sans se connaître. Elle est chercheuse – comme d’ailleurs le père du réalisateur – et regarde le monde au travers d’un microscope. Lui travaille dans un entrepôt gigantesque qui contient (presque) tous les objets dont on a besoin (ou pas). Bien que tous les deux soient beaux et normaux, ils peinent à faire des rencontres. Ils en souffrent tellement qu’ils finissent – chacun de son côté – d’aller voir un psychanalyste. La mère de Cédric Klapisch a voué sa vie à comprendre les gens et les mécanismes souvent mystérieux qui animent la psychologie humaine. «Deux moi» lui rend hommage en quelque sorte.

La première leçon à retenir: on ne se sent bien avec les autres que si on se sent bien soi-même. Pour aller mieux, Rémy et Mélanie doivent affronter frontalement la question de leur mal-être. Dans une époque qui refuse justement cette confrontation, c’est plutôt difficile. Or, c’était important pour Cédric Klapisch de parler clairement de dépression. Et de montrer comment on peut se sentir extrêmement seul malgré Facebook, Twitter ou Instagram. Chacune de ces applications change notre quotidien, et c’est impossible de faire semblant que ça n’existe pas. S’y ajoute que les psys que le cinéaste a rencontrés pour se documenter lui ont dit que l’usage des réseaux sociaux accentue au fond les problèmes individuels, et cela même gravement.

Le réalisateur parle d’un Paris positif et beaucoup plus familial et pacifique que ce que l’on pense.

N’empêche que «Deux moi» n’est pas du tout un film plombant qui fait peur. Au contraire. La manière dont Cédric Klapisch parle des petits traumatismes qui flinguent des gens ordinaires comme vous et moi est assez réconfortante. Tout le monde se fait larguer. Tout le monde va à l’épicerie ou au cours de danse. Et le plus étonnent, c’est qu’il y a beaucoup de choses intéressantes à raconter sur ces vies normales dans lesquelles les trains qui déraillent ou les fous qui veulent faire exploser la planète font défaut.

Après avoir travaillé avec des stars et dans des endroits huppés, Cédric Klapisch refait confiance à la simplicité et revient à Paris. Non pas dans son quartier habituel, mais dans les 18e et 19e arrondissements. Les gens qui y vivent sont des gens ouverts à la mixité sociale et ethnique. Le réalisateur parle d’un Paris positif et beaucoup plus familial et pacifique que ce que l’on pense. Autre bon choix: les acteurs François Civil et Ana Girardot dans les rôles principaux, puis Simon Abkarian dans la peau d’un épicier qui gère son épicerie comme une version réduite du monde entier. Rémy et Mélanie sont ses clients, et c’est lui qui réussit à fabriquer le lien. Par un cours de danse auquel il les invite.

Terminer le film sur une danse a été une très belle idée. Elle rappelle «Zorba le Grec» et cette scène émouvante où Anthony Quinn apprend à danser au mec américain un peu rigide sur la musique de Mikis Theodorakis. Pour Cédric Klapisch, quelqu’un qui apprend à quelqu’un d’autre à se laisser aller, c’est presque la définition de la vie. Ainsi, «Deux moi» prend finalement un air joyeux. Les deux trentagénaires qui habitent l’un à côté de l’autre forment enfin un couple. Ils vont mieux. Ils emprunteront peut-être une même route, partiront ensemble dans une même direction. Celle d’une histoire d’amour.

Deux moi ★★★★★
Réalisation: Cédric Klapisch, avec François Civil, Ana Girardot, Camille Cottin, François Berléand, F 2019, 110 minutes.

Gabrielle Seil

Journalistin

Ressort: Kultur

Author: Philippe Reuter

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