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CinéCritique: Jason Bourne

A bout de souffle – Quatorze ans après «La mémoire dans la peau», l’agent secret Jason Bourne reprend du service pour affronter ses ennemis et son passé douloureux, mais cette fois-ci, le monde autour de lui a bien changé. Et le cinéma aussi.

Gerlachovsky stit s’appelle la plus haute montagne du massif des Tatras, et quiconque veut s’y évertuer est bien conseillé d’être au mieux de sa forme. Sinon on sue sang et eau. N’empêche qu’à la fin, on est aux anges, car la vue au sommet de cette réserve de biosphère à la frontière de la Slovaquie et de la Pologne est vraiment époustouflante. Jason Bourne s’en foutrait, c’est sûr. Dans le quatrième volet de la saga qui lui est consacrée, l’agent secret à la mémoire trouée ne fait que broyer du noir. Durant deux heures, il cherche à trouver des réponses à ses multiples questions quant à l’assassinat de son père, son propre enrôlement dans un programme occulte de meurtres opérés au nom de sécurité nationale américaine, son passé si lourd qui le force à (sur)vivre dans la clandestinité, en participant à des combats à mains nues. Et quand il saura enfin la vérité, les dégâts sont énormes.

Pour compter les morts au passage de Jason Bourne (Matt Damon, irréprochable) et de son traqueur sans pardon, une machine-à-tuer appelée Asset (Vincent Cassel), les doigts d’une dizaine de mains ne suffiront point. S’y ajoutent les courses-poursuites surréalistes aux quatre coins de la planète qui durent éternellement et qui, par moments, font penser à la série de «The Fast and the Furious». Soit! Vu que «Jason Bourne» est un thriller d’action comme de bien entendu, faudra surtout s’accrocher. Or, exactement comme un escaladeur-amateur qui a peur du vertige et qui, en milieu hostile, se concentre uniquement sur son souffle et le rythme de ses pieds, la fatigue guette. Après la énième cascade spectaculaire, après le énième retournement de situation, après le énième combat, on finit par s’en lasser. Et de douter de la maîtrise du réalisateur britannique («Bloody Sunday», «United 93») pourtant si habile.

Au lieu d’approfondir soit les relations entre Jason Bourne et le ponte corrompu de la CIA (Tommy Lee Jones, toujours parfait), soit l’amour naissant entre le protagoniste amnésique et la belle analyste Heather Lee (Alicia Vikander) ou encore la dimension politique de la série, Paul Greengrass préfère coller sa caméra aux personnages et aux lieux survolés à toute vitesse. C’est assez efficace, mais pas trop ambitieux. Résultat: on perd vite l’intérêt. Même constat pour l’excursion dans l’ère de Wikileaks et d’Edward Snowden. Les dangers d’une télésurveillance totale et constante, les risques des réseaux sociaux qui devront bientôt être considérés comme les nouvelles armes d’un terrorisme aveugle qui frappe partout et n’importe comment, puis la soif de pouvoir de tout un chacun – cette actualité terrifiante est traitée à la manière des innombrables scènes d’action, c’est-à-dire ultra-nerveusement. Maintes fois, on aimerait crier: Stop! Pas si vite, on étouffe.

Lors d’une randonnée dans les montagnes, même un habitué doit connaître ses limites physiques et mentales, et bien que Jason Bourne serait un excellent grimpeur – il est courageux, taciturne, musculeux et réfléchi –, dans ce nouveau épisode, une qualité importante lui fait défaut: l’empathie. C’est la première fois depuis le début de la franchise qu’on a du mal à s’identifier au personnage principal et qu’on lui préfère les secondaires. Heather Lee, par exemple. Elle n’a pas cette mâchoire carrée et serrée, mais elle dit librement ce qu’elle pense. Elle ne craint ni ses supérieurs ni leurs représailles, et en plus elle est incarnée par une Alicia Vikander très sûre d’elle. Difficile de ne pas s’éprendre de son rôle joliment ambigu et de ses charmes. En compagnie d’elle, on aimerait bien se lancer à l’assaut du Mount Everest. Même au risque d’y être trahi.

Horaires

Jason Bourne ★★★★★
Réalisation: Paul Greengrass / avec Matt Damon, Tommy Lee Jones, Alicia Vikander, Vincent Cassel / USA 2016 / 123 minutes / Utopolis.

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Author: Philippe Reuter

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