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CinéCritique: «Land of Mine»

Sorti en Danemark en 2015, grand vainqueur du LuxFilmFest en 2016, l’excellent «Land of Mine» de Martin Zandvliet a dû attendre 2017 pour être enfin à l’affiche au grand-duché. Et y disparaître presqu’aussitôt.

Que reste-t-il après une guerre? Beaucoup de haine et un nombre inimaginable de mines. En 1945, alors que le Reich s’est effondré et que la reddition est signée, des centaines de soldats allemands sont forcés de débarrasser les plages danoises des plus de deux millions de mines y enfouies. Dans la réalité comme dans «Land of Mine» (dont Jean-Pierre Thilges avait déjà rendu compte, mais qui – suite aux attentats à Bruxelles en mars dernier – n’est pas sorti comme prévu), il s’agit de très jeunes prisonniers. Des gamins entre 15 et 18 ans qui ont été mobilisés par un Führer à court de troupes, puis envoyés au front comme de la chair fraîche à canon.

Désormais, ces adolescents sont à l’œuvre sur un splendide bord de mer où chaque pas est synonyme de mort. Et comme ce fait qui constitue un chapitre très noir et relativement peu connu de l’Histoire danoise ne serait pas déjà suffisamment barbare, les quatorze jeunes gens sont maltraités par le sergent Carl Rasmussen (Roland Møller), un homme inflexible dans sa cruauté (surtout au début). À mains nues, Sebastian (Louis Hofmann, bouleversant dans son rôle de «leader» du groupe) et les autres rampent dans le sable blanc afin de déminer une zone rigoureusement délimitée contenant 45.000 engins explosifs. À raison de six mines par heure, il y aura du travail pour trois mois. Si tout va bien. Après, les recrus pourront rentrer à la maison, embrasser leur maman et manger à leur faim. Quel mauvais calcul!

«Généralement, nous entendons parler de ce que les Danois ont fait de bien pendant la Deuxième Guerre mondiale. De ceux qu’ils ont aidés. Or, je crois que toutes les nations ont leurs côtés sombres. Ainsi j’ai commencé mes recherches», explique Martin Zandvliet qui doutait que ses investigations s’avèreraient difficiles. Vu qu’il n’y a pas un seul livre d’histoire qui parle de cet épisode douloureux de l’Après-Guerre, le réalisateur dût visionner pas mal de dossiers médicaux, passer de longues conversations avec des historiens amateurs qui s’intéressent au sujet, se rendre à nombreux cimetières. Un travail ardu mais qui valait bien la peine. Au LuxFilmFest de l’an dernier, «Land of Mine» remportait le Grand Prix du jury international, le Prix du jury jeune et le Prix du public. À Los Angeles où le film est en lice pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangères, la chance devra lui sourire pareillement.

Car bien que «Land of Mine» parle de haine et de vengeance et que beaucoup de scènes sont d’une cruauté insoutenable, le sentiment qui domine finalement, c’est le pardon. D’un côté, la caméra observe de très près les démineurs aux visages tellement inoffensifs et beaux, de l’autre côté, elle capte le conflit intérieur du sergent Rasmussen qui, derrière ses manières brutales et inhumaines, apparaît de plus en plus troublé et qui finira par percevoir l’ennemi d’une façon nettement moins radicale. Presqu’entièrement tourné de jour, sous un soleil danois de plomb, le film dégage une chaleur qui sert de contrepoint à la noirceur de l’histoire. Tout au long du récit, on espère que la tension si intense se relâche enfin. Que cette tragédie déchirante retrouve une quelconque forme d’humanité. Qu’on puisse quitter la salle de cinéma, le cœur léger.

Eh bien, ce ne sera pas le cas. Quoique pour Sebastian et pour trois de ses amis, le cauchemar sera terminé un jour, les images de l’horreur restent pourtant longtemps gravées dans la mémoire du spectateur. Pour le courage de Martin Zandvliet d’avoir réussi avec «Land of Mine» un film si puissant et efficace sur des rapports de violence, on lui souhaite de triompher à Hollywood. Ainsi, il y aura sans doute une reprise.

Land of Mine ★★★★
Réalisation: Martin Zandvliet / avec Roland Møller, Louis Hofmann, Joel Basman, DK/D 2015 / disponible en DVD.

Gabrielle Seil

Journalistin

Ressort: Kultur

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Author: Philippe Reuter

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