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CinéCritique: Le Grand Bain

Pour son premier film en solo, Gilles Lellouche jette un septuor de ratés à l’eau: «Le grand bain». Un film choral des plus amusants.

Croyez-le ou non: la natation synchronisée n’est plus l’apanage des femmes. À l’occasion des Championnats du monde organisés à Kazan en 2015, ce sport s’est ouvert aux messieurs. Et c’est l’Américain Bill May qui est devenu le premier homme à décrocher un titre planétaire dans cette discipline. En duo avec sa compatriote Christina Jones. Aux Jeux olympiques, la «discrimination» persiste pourtant. À cause surtout du manque de participants masculins dans le monde. Le critère primordial pour intégrer les JO. Mais attention: peut-être qu’après avoir vu «Le grand bain» (ou la version anglaise «Swimming with Men» d’Oliver Parker), des centaines de mecs aimeront porter un maillot de bain de gala et avoir les jambes rasées pour se jeter à l’eau et y montrer que grâce et légèreté ne sont pas uniquement des attributs féminins.

Le projet de faire un long métrage qui parle d’une certaine lassitude ainsi que de cette course un peu individualiste où l’on oublie le collectif et le goût de l’effort est né il y a huit ans. Gilles Lellouche assistait alors à des réunions d’alcooliques anonymes pour préparer «Un singe sur le dos» de Jacques Maillot, dans lequel il joue un pochard. «J’avais été ébahi par la chaleur humaine», confie-t-il. Et aussi par l’écoute qui y régnait. Il commençait donc à écrire autour de cette magnifique bulle de partage, et quand plus tard il regardait un documentaire sur «arte» qui suivait une bande de Suédois pratiquant la natation synchronisée masculine, il avait trouvé son sujet: une troupe d’hommes plus ou moins désenchantés qui courent après des rêves déchus.

Contrairement à beaucoup de films choraux qui laissent certains personnages sur le bas-côté de la route, dans «Le grand bain» chacun des hommes – à part l’Indien – a une existence propre et des accidents de parcours. S’y ajoute que le réalisateur (qui a bien fait de se contenter de la mise en scène) avait envie de faire la part belle aux protagonistes féminins. Car c’est par les deux entraîneuses Delphine (Virginie Efira) et Amanda (Leïla Bekhti) et pour elles que les héros malgré eux vont arriver à trouver un sens à leur vie. Et bien plus encore.

Voir Mathieu Amalric et Guillaume Canet avec un bonnet sur la tête et quelques poils sur la poitrine, c’est pas du tout désagréable. Par contre, Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine et les autres sont nettement moins sexy. Or, dans une époque où règne la dictature de l’esthétique parfaite, Gilles Lellouche voulait tenir ce discours d’ailleurs très réussi sur des corps pas forcément gracieux. Il souhaitait montrer des hommes entre 40 et 55 ans qui ne sont pas des athlètes au ventre plat. Quelle chance donc que tous les acteurs – et la plupart d’entre eux sont habitués à tenir seuls des films entiers sur leurs épaules – faisaient tout de suite équipe. Une équipe catastrophique et rigolotte en même temps.

«Le grand bain» n’est pas un chef-d’œuvre cinématographique, mais une comédie douce-amère qui fait du bien. Il y a des moments ultra-drôles, un Benoît Poelvoorde roublard qui fait trop le clown et des réflexions sérieuses sur notre monde peuplé d’égocentriques. Il y a des tubes des années 80 et la musique de Jon Brion qui participe beaucoup à raconter la mélancolie des personnages. Puis il y a cette chorégraphie finale. On en reste bouche bée, tellement c’est beau et émouvant. Et on s’en fiche que pour tout ce qui était jambes à l’extérieur de l’eau, il y a avait des doublures parce que même après sept mois d’entraînement, la natation synchronisée reste compliquée, cette prestation valait bel et bien une médaille d’or.

Le grand bain ★★★★★

Réalisation: Gilles Lellouche / avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Virginie Efira / F 2018 / 115 minutes / Kinepolis (à partir du 24 octobre).

Gabrielle Seil

Journalistin

Ressort: Kultur

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Author: Philippe Reuter

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