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CinéCritique: Le sens de la fête

Sur les pas de Jean-Pierre Bacri, les réalisateurs d’«Intouchables» réalisent, avec «Le sens de la fête», un film choral joyeux où chaque acteur joue sa partition.

Depuis 30 ans, Max organise des mariages et des banquets. Et vu qu’il s’y donne toujours à fond, il en a un peu marre. Surtout que les jours où tout se passe comme sur les roulettes sont plutôt rares. Encore une dernière fête, et bonjour la retraite. Or, lors de ce sublime mariage dans un château du 17e siècle, le traiteur se ravise. Car quoique sa brigade de serveurs black-blanc-beur lui tape sur les nerfs, bien que le client soit un casse-couilles, malgré le risque que la soirée se transforme en un désastre, il aime son métier et son équipe plus que tout.

C’est dans le contexte assez lourd de l’année 2015 (attentat contre «Charlie Hebdo», attaques terroristes en novembre à Paris…) qu’Eric Toledando et Olivier Nakache avaient besoin d’aller vers quelque chose de plus festif. S’y ajoutait l’envie de diriger l’un des plus grands acteurs français: Jean-Pierre Bacri. Celui-ci était bien sûr enchanté et leur proposait même ses services en tant que scénariste. Un vrai rêve pour les réalisateurs du magique «Intouchables» (d’ailleurs indétrônable). Ainsi est né «Le sens de la fête». Un film sur la pression qui règne dans les coulisses d’une noce – à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune: le sens de la fête.

En décidant de faire un film choral, les deux cinéastes se doutaient du risque de voir le tournage devenir une cour de récréation. L’avantage par contre, c’est cette stimulation générale qui circule sur le plateau et qui fait souvent merveille. «Mais le plus excitant, c’est de faire évoluer chaque personnage pour qu’il ait une fonction dans l’histoire», explique Eric Toledano. Ainsi, l’animateur de la soirée (Gilles Lellouche, épatant en Patrick Sébastien) qui s’engueule sans répit avec l’assistante de Max (Eye Haidara) va finalement tomber amoureux d’elle, tandis que le photographe (Jean-Paul Rouve) trouvera du baume pour son cœur meurtri. Même Pierre, le jeune marié emmerdant (Benjamin Laverne), sera moins crispé après sa scène de ballet. Bref, après maintes complications, tout s’arrangera. De sorte que tout le monde sera hyper-content.

Et pourtant, en tant que spectateur, on n’est pas trop emballé. Parce que le concert orchestré par les messieurs Toledano et Nakache ne sonne pas juste à tous les moments. Parce que la tension qu’ils essaient de créer grâce à une caméra jamais statique ne tient pas jusqu’à la fin de la soirée. Et parce qu’on se lasse aussi vite des engueulades de James et d’Adèle que des leçons que Cuy donne à son jeune stagiaire ou des états d’âme tourmentés de Julien (l’ancien prof de français dépressif reconverti en serveur amoureux de la mariée). Il n’y a qu’un protagoniste crédible et qui ne déplaît pas une seconde: Max. La justesse du jeu de Jean-Pierre Bacri et sa façon d’envoyer une réplique sont – comme toujours – impressionnantes.

Quant à la conception d’Eric Toledano et d’Olivier Nakache d’une société où la couleur de peau n’est pas un problème et où le patron et ses salariés forment une famille, c’est charmant. N’empêche que leur sixième long-métrage se résume finalement à une succession mécanique de gags et de bon mots enchaînés à un rythme à la diable. S’y ajoutent quelques dialogues lourdingues, des vannes mal inspirées et des face-à-face pénibles. Bref, ça coince. «Le sens de la fête» n’est ni le portrait d’une France «en marche», ni une comédie sociale qui met quelques points sur les i, mais un film moyennement divertissant sur un monde qui n’existe qu’au cinéma.

Horaires

Le sens de la fête ★★★★★
Réalisation: Eric Toledano & Olivier Nakache / avec Jean-Pierre Bacri, Gilles Lellouche, Jean-Paul Rouve / F 2017/ 117 minutes / Kinepolis

Gabrielle Seil

Journalistin

Ressorts: Kultur, Kunst, Land & Leute

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Author: alommel

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