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CinéCritique – Manchester by the Sea

And the Oscar goes to… «Manchester by the Sea». Croisons les doigts afin que ce drame hivernal de Kenneth Lonergan remporte les récompenses qu’il mérite.

Il y a des gens qui ont loué la chance à vie et il y en a d’autres qui ont la poisse collée au dos. Et puis il y a encore Lee Chandler. Ce que cet homme a dû vivre, on ne le souhaiterait même pas à son pire ennemi. Après une soirée bien arrosée passée chez soi avec des copains, au lieu d’aller se coucher, il part chercher d’autres bières. En rentrant, la maison est en feu. Ses trois petits enfants meurent dans l’incendie… On comprend qu’après ce drame, le trentagénaire n’est plus comme avant. Il fuit sa famille et sa ville natale de Manchester by The Sea pour s’installer dans une banlieue de Boston où il survit plus ou moins minablement en tant que gars à tout faire.

Vider les poubelles, virer la merde des toilettes des autres, changer les ampoules, dégager la neige… être enfin bon à quelque chose. Or, le jour où son frère aîné meurt, Lee (Casey Affleck, fascinant) se retrouve confronté à son passé tragique. À cette douleur qui a creusé en lui ses racines. Qui l’habite comme un arbre ayant poussé ses frondaisons dans les moindres fissures. Il ne veut ni devenir le tuteur de son neveu encore mineur (Lucas Hedges, parfait dans le rôle d’un adolescent qui poursuit sa vie malgré son deuil), ni accepter le pardon de son ex-femme Randi (Michelle Williams, excellente le temps de ses brèves apparitions), ni rester à Manchester by the Sea, ce joli port de pêche devenu pour lui un champ de ruines.

Ce troisième long-métrage de Kenneth Lonergan est une vraie claque. Un très grand film sur la chaleur humaine qui, dans les paysages glacés du Massachusetts, s’avère plus important qu’ailleurs. Si la photographie est sublime, le va-et-vient des flashbacks intelligemment construit et la mise en scène grandiose, c’est l’interprétation de l’ensemble du casting qui fait de ce portrait d’un homme brisé un chef-d’œuvre. Ce sont les regards de Lee vers un point fixe dans le vide ou vers la mer toute proche, c’est son obstination de se taire, de ne laisser personne l’épauler, et c’est aussi cette violence qui explose de façon incontrôlable dès que la pression devient trop forte qui donnent au film une intensité inouïe. Aucune scène n’est gratuite, chaque moment se révèle extrêmement juste.

«Quand j’écrivais ‘Manchester by the Sea’, je me félicitais constamment d’avoir ma famille près de moi, comme si cette histoire me faisant encore davantage apprécier sa présence. C’est le sentiment que j’aimerais que les gens éprouvent en découvrant mon film», avoue le réalisateur. Bravo, c’est merveilleusement réussi. Car bien que, vers la fin du récit, on juge Lee prêt pour dresser des plans de bataille, bien qu’on sente la paix lui revenir et sa vie reprendre des formes ordonnées, on n’a qu’un seul désir: le serrer dans les bras et ne plus le lâcher. Afin que son retour à la vie soit plus rapide. Et que sa réconciliation avec le monde et surtout son propre côté humain soit définitive. On dit que les chagrins se fanent avec le temps. Il y a cependant des souffrances qui guérissent mal. Des cauchemars qui vous hantent chaque nuit. Dans «Manchester by the Sea», Kenneth Lonergan nourrit néanmoins l’espoir que l’amour est plus fort que tout.

Dans la 89e course aux Oscars, le film est nominé dans six catégories: meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleur second rôle féminin, meilleur second rôle masculin, meilleur scénario original. Avec 14 nominations, «La La Land» de Damien Chazelle (également à l’affiche) sera le plus grand rival, mais soit. Le verdict tombera le 26 février à Los Angeles.

Horaires

Manchester by the Sea ★★★★★
Réalisation: Kenneth Lonergan / avec Casey Affleck, Michelle Williams, Lucas Hedges, Kyle Chandler / USA 2016 / 138 minutes / Utopia.

Gabrielle Seil

Journalistin

Ressort: Kultur

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Author: Philippe Reuter

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