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CinéCritique: Nocturnal Animals

Sept ans après l’excellent «A Single Man», Tom Ford signe avec «Nocturnal Animals» un thriller psychologique tout aussi foudroyant.

Elle s’appelle Susan. Elle est une galeriste en vue et partage la vie d’un beau riche qui la trompe. Un jour, elle reçoit le manuscrit d’un roman écrit par son ex- mari. Dès la lecture des premières pages, la belle quadragénaire (Amy Adams, parfaite) qui ne dort jamais est comme happée. Et par le récit et par la brutalité de celui-ci. «Nocturnal Animals», titre du livre et du film, raconte le cauchemar d’une famille qui, sur une route au milieu de nulle part, se fait agresser par un trio de tarés. Tandis que la femme et la fille trouvent la mort, Tony Hastings (Jake Gyllenhaal) réussit à sauver sa peau. Mais meurt quand-même.

Par la suite, cette fiction et la réalité ainsi que le passé de Susan vont s’entremêler, d’abord par petites touches, puis plus vigoureusement, pour finalement constituer la trame d’une vengeance glaciale. D’un côté, le héros meurtri du roman hâte de voir les assassins punis comme il faut. De l’autre côté, l’auteur qui n’a pas été pris au sérieux par sa jeune épouse veut se venger des blessures encaissées. S’y ajoutent le personnage fictif du shérif (Michael Shannon) qui souffre d’un cancer et qui, face à la mort qui le guette, calme sa colère par un comportement violent et Susan elle-même dont le mariage avec Edward peut être considéré comme un acte d’attaque du milieu bourgeois dont elle faisait et fait partie malgré elle.

Ce désir ardent de châtiment mis à part, «Nocturnal Animals» parle aussi de regrets. D’une perte (surtout d’amour) et de choix qu’on n’a pas faits. Susan regrette d’avoir avorté, Tony de ne pas avoir pu protéger les siens. En fait, personne n’aime la vie qu’il est en train de vivre, mais chacun s’y résigne. Soit par politesse, soit par manque de courage. Vu sous cet angle, cette deuxième réalisation de Tom Ford est un psychodrame d’une tristesse presqu’insupportable. À voir le regard d’Amy Adams se perdre à travers les baies vitrées de sa villa hors de prix, à regarder Jake Gyllenhaal dés-espérer dans le désert texan, on se rend compte de l’extrême étroitesse de la frontière entre le beau et le monstrueux, entre la douceur et l’horreur. Entre les gens qui transpirent et saignent et ceux qui regardent leur bébé dormir par l’intermédiaire de leur smartphone.

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Bien que les nombreux allers-retours entre les différents niveaux de l’histoire ne soient pas toujours réussis et que l’équilibre entre le polar poisseux et le portrait d’une femme censée épanouie s’avère parfois disharmonieux, «Nocturnal Animals» (Grand Prix du jury au festival de Venise) est un bijou cinématographique. De l’attention portée aux corps en passant par la caricature du monde branché de l’art contemporain jusqu’à la scène finale d’une simplicité extraordinaire, Tom Ford s’impose une nouvelle fois comme un brillant directeur d’acteurs et un cinéaste des plus intéressants du moment.

Tout au début du film, on voit des femmes massives se mouvant nues au ralenti – des images-choc pour toute personne hantée par le culte de la beauté. Or, le réalisateur de «A Single Man», film d’une esthétique rare, s’en fout. Plus tard, lors du récit du fait divers violent, il montre des plans de paysages à couper le souffle, des vues du ciel splendides, deux cadavres théâtralement mis en scène sur une banquette rouge immaculée. C’est cette contradiction étrange mais habilement et intelligemment développée qui contribue à créer une ambiance fascinante. Et finalement, la cerise sur le gâteau: Amy Adams, toujours si bien dans sa peau et dans ses rôles. Qu’elle ne fut pas nominée aux «Golden Globe Awards» est (presque) un scandale. Aaron Taylor-Johnson eut plus de chance. Il reçut le prix du meilleur second rôle pour son interprétation du red neck psychopathe.

Horaires

Nocturnal Animals ★★★★
Réalisation: Tom Ford, avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon, Aaron Taylor-Johnson / USA 2017 / Utopolis.

Gabrielle Seil

Journalistin

Ressort: Kultur

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Author: Philippe Reuter

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