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CinéCritique: «Patriots Day»

Avec «Patriots Day», Peter Berg clôt sa trilogie sur une Amérique essoufflée et ses héros ordinaires, mais indestructibles.

Dans «Lone Survivor», Mark Wahlberg endosse le rôle d’un des quatre soldats chargés de localiser et de se débarrasser d’un redoutable chef taliban. L’action se passe en 2005 en Afghanistan et tourne vite au cauchemar. Dans «Deepwater Horizon» qui raconte l’incroyable histoire vraie de la plus grande catastrophe pétrolière, l’acteur hollywoodien joue l’électricien Mike Williams qui, par son audace extraordinaire, réussit à limiter les dégâts et à sauver ce qui peut encore l’être. Dans «Patriots Day», sa troisième collaboration avec le réalisateur Peter Berg, son personnage est inspiré de plusieurs policiers qui, le 15 avril 2013, sont confrontés au plus important attentat aux Etats-Unis depuis 9/11: l’explosion de deux bombes au marathon de Boston.

Dès la première scène, où Mark Wahlberg (qui est d’ailleurs originaire de Boston) tente d’enfoncer la porte d’une petite frappe, le ton est donné. Ce Tom Saunders n’est pas un héros-né, mais un flic fatigué. Un homme ordinaire qui fait son boulot. Pas toujours comme il faut. D’où une sanction disciplinaire qui le condamne à intégrer l’équipe qui s’occupe de la sécurité du plus vieux marathon américain. Il sera donc tout près du drame qui transformera la ville de Boston en un champ de guerre, qui coûtera la vie à quatre innocents et qui fera 264 blessés. Dont Jessica Kensky et son mari Patrick Downes. Au début, ces deux victimes ont hésité à s’impliquer dans le film qui parle beaucoup de solidarité, mais s’ils ont finalement changé d’idée, c’est que «Patriots Day» fera réfléchir les gens à ce qui se passe autour du globe et qu’on doit et devra en parler pour maintenir debout des sociétés paisibles.

Quant au film qui accumule les points de vue, emmêle les personnages et leurs intérêts, tout en évoquant la complexité des enjeux avec une brutalité parfois étonnante, on a la sensation d’avoir la gorge nouée et les muscles tendus pendant plus de deux heures haletantes et efficacement mises en scène. Certes, la présentation des protagonistes tous heureux et respectables s’avère assez simpliste, et on pourrait reprocher au réalisateur de ne montrer qu’une Amérique «blanche» en tant que nation meurtrie, mais ce sont des détails. La façon dont il orchestre le chaos, caméra au poing, la manière dont il s’intéresse à la traque des deux suspects d’origine tchétchène, la reconstitution minutieuse des faits historiques, la violence verbale de l’interrogatoire de l’épouse d’un des terroristes, une jeune Américaine convertie à l’islam, par une femme noire, voilée elle aussi, la fusillade nocturne en pleine rue… tout ça fait son effet.

Et c’est justement cette force, cette maîtrise dans la conduite de l’action qui permet à Peter Berg de masquer les quelques faiblesses et fausses notes du film. «Patriots Day» regorge de clichés patriotiques, mais quand on voit Patrick Downes qui a perdu sa jambe gauche dans l’explosion recourir le marathon avec sa prothèse, quand on voit les spectateurs applaudir et se prendre dans les bras, quand on voit le vrai agent du FBI Richard DesLauriers (incarné à l’écran par Kevin Bacon) parler du courage des survivants, on est tellement ému. «L’amour est plus fort que la haine. C’est un message qui mérite d’être entendu et vu aussi souvent que possible», disait Mark Wahlberg lors d’une conférence de presse. Et qu’il serait fier de sa ville. À tous ceux qui – malgré tout – se demandent pourquoi ce film devait être fait, Peter Berg qui se trouvait à Nice lors de l’attentat du 14 juillet de l’an dernier répondra que ces attaques font aujourd’hui partie de la nouvelle réalité du monde et qu’il n’est plus choquant – aussi terrible que cela paraisse – de se lever le matin et d’apprendre que quelque chose de terrible est arrivé quelque part. Avec «Patriots Day», il montre toutefois que le mal ne gagne pas nécessairement. Heureusement.

Horaires

Patriots Day ★★★★
Réalisation: Peter Berg / avec Mark Wahlberg, Kevin Bacon, John Goodman, J.K. Simmons / USA 2016 / 133 minutes / Utopolis.

Gabrielle Seil

Journalistin

Ressorts: Kultur, Kunst, Land & Leute

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Author: Philippe Reuter

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