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CinéCritique: Sully

En 2009, un miracle s’est produit sur le fleuve Hudson. Le pilote Chesley Sullenberger réussit en douceur un amerrissage risqué et sauve la vie de 155 passagers. «Sully» de Clint Eastwood raconte cette histoire incroyable.

Le film commence par un cauchemar. Un avion volant trop bas sur les gratte-ciel de Manhattan s’écrase. On pense tout de suite aux images du 11 septembre 2001, mais heureusement, huit ans plus tard, les choses se passent différemment. L’incroyable histoire du vol 1549 à destination de Charlotte débute vers 15 heures locales. À moins d’une minute seulement après le décollage, des oiseaux entrent en collision avec l’avion et étouffent les deux réacteurs. Au lieu de faire demi-tour pour regagner l’aéroport ou de rejoindre une autre aérogare, le commandant décide de poser l’Airbus sur les eaux glacées du Hudson. Tous les passagers sont sauvés, et Chesley Sullenberger devient une star médiatique. Michael Bloomberg, le maire de New York, ainsi que le président George W. Bush saluent non seulement l’héroïsme, mais aussi le professionnalisme de cet homme aux 42 ans d’expérience. Voici pour les faits d’ailleurs bien connus.

«Sully» retrace les événements de cette journée extraordinaire d’une manière assez classique voire pépère. Seules les scènes de sauvetage s’avèrent assez émouvantes. C’est que Clint Eastwood s’intéresse à un autre chapitre du miracle: l’enquête ayant suivi l’accident. Pour les gens de la rue, sa famille, ses collègues et surtout les survivants, le pilote est un héros. Quelqu’un de profondément bien. Pour les membres de la commission censés juger si sa décision était vraiment la bonne, Chesley Sullenberger demeure un employé assujetti au protocole de navigation de la compagnie Airways. Soudain, celui qui aurait dû être décoré doit se justifier. Avait-il suffisamment dormi, la nuit avant le vol? Etait-il sobre? Est-ce que son couple battait ou non de l’aile? Pour un homme qui vient de survivre à un incident surréaliste, c’est humiliant. Or, l’ancien pilote de l’US Air Force qui n’avait que 35 secondes pour réagir garde son calme, et ces 35 secondes vont être décisives.

Pour incarner le personnage de Sully, Clint Eastwood n’aurait pas pu trouver un acteur plus parfait que Tom Hanks. Chevelure et moustache blanches, l’acteur hollywoodien qui incarne pour ainsi dire l’Américain moyen, conformiste et consensuel a bien préparé son rôle. De sorte que pour le vrai Sullenberger qui a pris sa retraite en 2010, la première projection du film à laquelle il assistait était „une expérience très émouvante“. Ce qui est totalement compréhensible. Quiconque aurait vécu un tel événement traumatisant diviserait sa vie entre un avant et un après.

Pourtant, le film n’est pas vraiment à la hauteur du drame réel. Il y a des longueurs, des séquences ultra-superflues, des dialogues banals et même ridicules. Tous les personnages secondaires sont sous-développés. A commencer par Jeff Skiles (Aaron Eckhart), le co-pilote qui faisait preuve d’autant de courage et de résistance. Bref, «Sully» n’est nullement miraculeux. Et s’il faut quand-même retenir une leçon de cette œuvre mal dosée, c’est que l’instinct humain prime sur toute réglementation. Car si Chesley Sullenberger avait obéi aux ordres de la tour de contrôle, l’avion aurait crashé et tout le monde serait mort – malgré les simulations et les calculs des ingénieurs qui disent le contraire.

«Ce n’était pas un jeu-vidéo, mais une question de vie et de mort» – telle est la phrase la plus touchante du film. Parce qu’elle résume l’étendue du drame en quelques mots. Aussi expérimenté qu’un pilote puisse être, il ne sera jamais prêt pour une situation si extrême. Au générique de «Sully» on voit le vrai commandant entouré des vrais passagers du vol 1549. C’est à ce moment qu’on réalise pour de bon ce qui s’est passé. Peut-être que Clint Eastwood aurait été mieux conseillé de tourner un documentaire sur le miracle du Hudson – au risque de ne pas figurer au box-office. C’aurait été une belle preuve de courage de sa part.

Horaires

SULLY ★★★★★
Réalisation: Clint Eastwood / avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney / USA 2016 / 96 minutes / Utopolis.

Gabrielle Seil

Journalistin

Ressort: Kultur

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Author: Philippe Reuter

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