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CinéCritique: Widows

Sous des allures de thriller, «Widows» de Steve McQueen cache un film social d’une rare élégance.

Chicago, de nos jours. Un braquage tourne au drame. Quatre gangsters meurent et laissent leurs épouses avec une lourde dette à rembourser. Elles ne se connaissent pas, elles n’ont rien en commun, pourtant elles décident d’unir leurs maigres forces pour terminer ce que leurs maris n’ont pas pu terminer comme il faut: voler cinq millions de dollars (sales) et prendre leur propre vie (pas moins sale) en main.

Afin de ne pas gâcher le suspense de «Widows», première réalisation de Steve McQueen depuis l’Oscar du meilleur film en 2014 pour «Twelve Years a Slave», chut! D’ailleurs, bien que l’intrigue regorge de coups de théâtre et de revirements vraiment surprenants, l’histoire n’est pas celle d’un casse raté. Au cœur de l’intrigue dont le style de récit est proche de celui de la série britannique éponyme assez inconnue dont le thriller est adapté, il y a une cité filmée comme un personnage aux multiples facettes. Un quartier populaire «chaud» à la veille d’élections locales. Un milieu politique corrompu dans lequel tout le monde se méfie d’autrui. Et dans ce monde régi par des hommes, un quatuor de femmes plus ou moins courageuses s’émancipe. Dans la douleur, mais pas dans le désespoir.

[…] Le film vacille entre satire politique, action musclée et portrait romanesque d’une femme en deuil […]

Servi par un casting cinq étoiles (Viola Davis, Michelle Rodriguez, Elizabeth Debicki…), cette ode féministe convainc non seulement par le dessin juste de ses protagonistes complexes – une bourgeoise éduquée et assez sûre d’elle, une belle blonde fragile qui se fait maltraiter, la gérante d’origine mexicaine d’un magasin fourre-tout, une coiffeuse noire prête à tout pour pouvoir offrir à sa petite fille une vie meilleure –, mais surtout par la mise en scène et les images d’une rare élégance. Loin, très loin du polar grand public «Ocean’s 8» de Gary Ross, «Widows» lorgne plutôt du côté de «Heat» de Michael Mann et de l’excellente fiction politique « Show me a hero » de David Simon.

L’atmosphère urbaine est lourde, la violence (entre les mâles) par moments insoutenable, la tristesse dévastatrice. N’empêche que la toute dernière scène du film montre une Veronica (V.D.) souriante, et c’est justement ce beau sourire qu’on n’oublie pas. Parce qu’il est synonyme de réussite et parce qu’il fait de «Widows» le récit d’une survie qui mène à la vie.
Comparé aux précédents drames autodestructifs «Hunger» et «Shame» de Steve McQueen, cette œuvre ressemble presque à un feel good movie dans sa filmographie. Et s’il faut absolument trouver un bémol, c’est le spectre beaucoup trop large des thèmes abordés: les rapports homme-femme, l’héritage et le piège culturel, l’Amérique raciste et gangréné, la lutte des classes sociales, le quotidien en tant que combat éternel, la soif de pouvoir…

Malheureusement, tous ces aspects ne sont traités que par petites touches souvent silencieuses et implicites. En fait, il y a dans «Widows» une multitude d’autres sujets dignes d’être développés. Or, Steve McQueen et sa coscénariste Gillian Flynn se limitent à une simple chronique d’amour et de trahison. Comme s’ils ne pouvaient pas se mettre d’accord sur une route plus étroite à suivre.

Autrement dit: le film vacille entre satire politique, action musclée et portrait romanesque d’une femme en deuil, et quoique tous ces aspects soient maîtrisés, on peut déplorer qu’il n’y ait pas plus de virulence. Et de cohérence aussi. Si «Widows» fonctionne tout de même, c’est grâce à cette bande de femmes nullement issues d’un conte de fées. Veronica, Linda, Alice et Belle sont des êtres abîmés et sans cesse sur leur garde. Privées même d’être amies, sous peine probablement d’en mourir, elles réussissent cependant à apporter un souffle nouveau dans le film dit noir.

Horaires

Widows ★★★★
Réalisation: Steve McQueen / avec Viola Davis, Michelle Rodriquez, Elizabeth Debicki, Colin Farrell / USA 2018 / 129 minutes, Kinepolis

Gabrielle Seil

Journalistin

Ressort: Kultur

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Author: Philippe Reuter

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