Berlinale 2012

Beaucoup de vent!

VIVA TAVIANI! Même si la récompense suprême est venue récompenser notre chouchou absolu, «Cesare deve morire», la 62ième édition de la Berlinale était quand même décevante.

Cela fait au moins deux années de suite que Dieter Kosslick, le jovial directeur du Festival de Berlin, est confronté au même problème – on ne lui offre que très peu de films «festivalables» et dignes du nom, alors que trois mois après lui, le Festival de Cannes est chaque fois inondé de toiles magiques au point d’en refuser des excellents par dizaines. Cette année, plus encore que les années précédentes, la Berlinale a été forcée de se satisfaire d’une ribambelle de films présentés hors compétition, afin d’attirer au moins quelques grosses vedettes pour arpenter le tapis rouge: «Extremely Loud and Extremely Close» de Stephen Daldry, «In the Land of Blood and Honey» d’Angelina Jolie, «Shadow Dancer» de James Marsh, «The Flowers of War» de Zhang Yimou, «The Iron Lady» de Phyllida Lloyd, «Haywire» de Steven Soderbergh et l’impitoyablement mauvais «Bel Ami» (avec Robert Pattinson), qui date de 2010 (!) furent autant d’alibis pour attirer un peu de beau monde dans l’hiver berlinois, mais cette accumulation de films qui sont déjà sortis autre part est tout à fait indigne d’un festival qui est quand même considéré comme la deuxième manifestation de ce genre au monde. Les critiques ne se sont donc pas privés de râler tout au long de la manifestation, parce que côté compétition, ils n’ont pas eu grand chose à se mettre sous la dent.

Sauf le film grec (Météora) que ce critique avait beaucoup aimé, tous les autres bons films de la sélection ont trouvé une place au palmarès. Le choc des frères Taviani, «Cesare deve morire», a été très justement acclamé par le jury sous la direction de Mike Leigh, et le film a également raflé le prix du jury œcuménique, ce qui est intéressant de noter, puisqu’il est interprété par des tueurs, des violeurs, des maquereaux, des pontes de la mafia et j’en passe. Le Grand Prix du Jury accordé à «Just the Wind/Csak a szel» de Bence Fliegauf récompense un film certes fauché mais passionnant sur l’assassinat d’une famille de Roms en Hongrie – basé sur des faits réels, le film est un cri d’alarme dirigé en direction de l’Hongrie mais également d’autres pays européens, où la haine raciste est en train de renaître de ses cendres. Le prix de la meilleure mise en scène, décerné à l’Allemand Christian Petzold, est tout à fait justifié, puisque cette belle histoire qui se passe en ex-RDA fut – de loin – le meilleur des trois films allemands en lice. Petzold sait raconter une histoire et sa mise en scène a compté parmi ce que Berlin a proposé de plus élégant cette année. Nous sommes moins contents avec les deux prix accordés au film historique danois «A Royal Affair/En Kongelig Affaere» de Nikolaj Arcel, un de ces films historiques opulents que les festivals semblent beaucoup aimer, mais qui ne s’est retrouvé à Berlin que parce qu’il a été produit par la boîte de Lars von Trier. Si le prix d’interprétation à Mikkel Boe Folsgaard (il joue un roi fou) peut se défendre, le prix du meilleur scénario accordé au même film est une blague, à moins qu’il soit destiné à récompenser les recherches historiques des auteurs, car on aura rarement vu un scénario plus pédestre mis en scène d’une manière tout aussi pédestre comme celui de «A Royal Affair». Le prix d’interprétation féminine décerné à l’actrice congolaise Rachel Mwanza (impressionnante) récompense le film «Rebelle/War Witch» du cinéaste québécois Kim Nguyen, qui évoque le sort des soldats-enfants enlevés par des rebelles congolais et forcés de se transformer en machines à tuer. Un film efficace et nécessaire, sans doute, mais dont la forme efficace qui mêle tueries et folklore laisse planer un léger doute sur sa sincérité.

La cinéaste suisse Ursula Meier s’est vue décerner un Ours d’Argent spécial avec lequel le jury a voulu honorer «L’enfant d’en haut», un film suisse d’une grande beauté, dont la finesse et la sensibilité ont rappelé le travail des frères Dardenne et qui raconte le quotidien d’un petit garçon qui chipe du matériel de ski dans les stations pour permettre à sa mère et à lui-même de survivre. Quant au Prix Alfred Bauer pour un «cinéma différent», il est allé à «Tabu» du Portugais Miguel Gomes, qui - comme tous les films portugais - nous a fait nous endormir en sursaut. Vivement Discovery Zone…et puis Cannes!

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