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ORIGINAL, drôle et touchant, «La symétrie du papillon» est un film luxembourgo-syldave comme vous n’en avez jamais vu. Ce qui n’est pas du goût de tout le monde!

l a fallu que Paul Scheuer et Maisy Hausemer soumettent au moins quatre versions différentes du scénario de «D’Symmetrie vum Päiperlek» au comité de lecture du Lëtzebuerger Filmfong avant que ces messieurs-dames se laissent finalement convaincre que cette histoire faussement compliquée, merveilleusement tarabiscotée et foncièrement luxembourgeoise (même si on y parle aussi le Français, l’Allemand, le Schwyzerdütsch et le Syldave) pourrait donner un film digne du nom. Alors que certaines mauvaises langues disent que les auteurs du film ont eu le comité à l’usure, le jury du Filmpräis 2012 (où figurait le signataire de ces lignes) ne s’y est pas trompé en honorant les scénaristes du Prix de la meilleure contribution artistique. Qu’on se dise une fois pour toutes que ce genre de scénario ne pousse pas sur les arbres – surtout pas au Grand-Duché – où «notre» cinéma continue de souffrir du manque d’auteurs qui osent se farcir des histoires différentes et originales plutôt que de replonger à chaque fois dans les horreurs de la Deuxième Guerre mondiale. Beryl Koltz avait réussi le grand saut avec «Hot Hot Hot» et Paul Scheuer et Maisy Hausemer ont réussi avec leur belle histoire qui fonctionne à plusieurs niveaux, puis- qu‘elle a été inventée en hommage à Roger Manderscheid, l’auteur qui – à lui seul – à réussi à redorer le blason littéraire de notre belle langue luxembourgeoise.

Un bel hommage à Roger Manderscheid

Roger Manderscheid était un funambule du verbe écrit qu’il manipulait avec une rare dextérité. Maisy Hausemer et Paul Scheuer, les pionniers (avec Andy Bausch et Georges Fautsch) de notre toujours jeune cinéma, sont des funambules de la juxtaposition verbale et de l’image très recherchée, qu’ils ont par ailleurs confiée au chef opérateur Carlo Thiel qui signe une des plus belles photographies jamais réalisées par un technicien luxembourgeois dans un film de fiction bien de chez nous. Du côté des acteurs, les auteurs ont donné leurs premiers grands rôles à la ravissante Marie Jung (la fille d’André Jung) et à Luc Schiltz, un «jeune premier» vraiment digne du nom, alors que Frédéric Frenay, une des plus «sales» gueules de notre cinéma, se (et nous) fait énormément plaisir en donnant vie à un champion d’échecs syldave misogyne jusque dans la moelle des os et tellement pourri qu’il ferait un bon méchant dans un prochain James Bond. Du côté des «valeurs sûres» parmi «nos» acteurs, les auteurs du film ont donné son rôle (de cinéma) le plus convaincant à Marc Olinger et ils ont prouvé à Steve Karier qu’il pouvait être fort drôle dans un rôle pour le moins inédit. Pour ce qui est de Marie-Paule von Roesgen et Fernand Fox, cela fait toujours plaisir de les retrouver sur un écran de cinéma, même si d’aucuns (dans la presse luxembourgeoise) ont osé les qualifier plus ou moins de «dinosaures ringards». Honte sur ceux qui – certains avant même d’avoir vu le film – ont cru nécessaire de déverser leur bile sur le film et sur ses auteurs qui ont trimé pendant plus de cinq ans pour présenter quelque chose d’original et de visuellement très beau au public luxembourgeois, qui n’est pas vraiment gâté ces derniers temps avec des histoires racontées dans sa propre langue.

L’histoire du film, elle, ne se raconte pas puisqu’elle fonctionne à plusieurs niveaux d’écriture et de lecture. Cela pourra vous sembler un peu syldave sur les bords mais une fois que vous aurez compris les rouages du scénario, vous aussi pourrez vous perdre dans le cerveau d’un auteur littéraire à succès qui, sentant sa fin approcher, se réinvente une autre vie tout en réinventant également la vie de ses proches. Profondément ancré dans ce que l’on pourrait nommer «l’âme luxembourgeoise», le film qui n’est évidemment pas exempt de l’une ou l’autre maladresse, se regarde avec beaucoup de plaisir. À condition de ne pas y aller avec l’idée préconçue que tout ce qui se fait comme cinéma dans ce putain de pays doit être branché, hypermoderne et cool. Sprüdjz! Ce qui, je crois, veut dire «Prost» en syldave!

D’SYMMETRIE VUM PÄIPERLEK
Ecrit et réalisé par Paul Scheuer, Maisy Hausemer; avec Marie Jung, Luc Schiltz, Frédéric Frenay, Marc Olinger, Steve Karier, Fernand Fox; Luxembourg 2012, 97 minutes.

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