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Mr. Nobbs takes no vacation

ALBERT NOBBS Un film envoûtant qui offre un rôle en or à Glenn Close et qui pourrait même lui valoir un Oscar.

on, pour l’Oscar, ce n’est pas couru d’avance, car même si la prestation de Glenn Close est hallucinante grâce notamment à un maquillage fort convaincant, celle qui a déjà été nommée cinq fois risque à nouveau de se faire damer le pion par Meryl Streep, dont l’interprétation du rôle de Maggie Thatcher dans «The Iron Lady» va sans doute lui amener son troisième Oscar. Le fait que Glenn Close a longuement joué le rôle au théâtre avant de l’amener elle-même au cinéma (elle est co-auteur du scénario et coproductrice) pourrait également la défavoriser.

Au XIXème siècle, dans l’Irlande en proie à de terribles difficultés économiques, une femme se fait passer pour un homme afin de pouvoir travailler. Pendant trente ans, elle trompe son entourage, employée dans un hôtel huppé de Dublin sous le nom d’Albert Nobbs (Glenn Close), en tant que majordome. Albert épargne chaque penny qu’elle gagne pour s’offrir son grand rêve, celui de pouvoir ouvrir son propre bureau de tabac où elle se tiendrait derrière le comptoir en femme plutôt qu’en costume de majordome. Sa rencontre avec le peintre en bâtiment Hubert Page (Janet McTeer) qui a un secret similaire à celui d’Albert va pourtant changer sa conception de la vie assez triste qu’elle mène et elle tente de s’approcher de Helen Dawes (Mia Wasikowska) qui travaille en tant que bonne dans le même hôtel tenu par la prétentieuse Mrs. Baker (Pauline Collins) et qui attend un bébé…

On est loin du pittoresque de «Downton Abbey»

Dès les premières séquences du film, il est évident que «Albert Nobbs» est du théâtre filmé. La majorité des séquences se passe en intérieurs et souvent dans des chambres plutôt exigües. En plus, dans ses moments de grande solitude, Glenn Close se parle à soi-même dans des monologues qui ne peuvent que venir du théâtre. Rodrigo Garcia emmène ses caméras plusieurs fois à l’extérieur, mais le huis clos de l’hôtel dublinois fait partie intégrante de l’atmosphère oppressante du film. Le traintrain quotidien à l’hôtel et l’interaction entre les hôtes souvent extravertis et le personnel plutôt introverti est très bien rendu. Et c’est sur canevas (qui n’a rien du pittoresque d’un «Downton Abbey» par exemple) que le réalisateur brode le drame d’Albert qui s’est tellement enfermée dans son rôle de femme qu’il/elle est pratiquement incapable d’afficher des sentiments réels envers une tierce personne, jusqu’au jour où il/elle croit avoir découvert l’âme sœur en la personne de Helen Dawes.

«Albert Nobbs» est un film d’atmosphère, une histoire où les sentiments ne s’affichent pas au grand jour, où les regards qui se croisent sont moins importants que les yeux qui s’abaissent, honteusement, servilement, par exemple au moment où les servants croisent les clients de l’hôtel dans les couloirs de l’établissement. C’est un film sur la frustration, sur des personnages qui sont prisonniers de leurs corps tout comme ils sont prisonniers d’une économie miséreuse, où les femmes seules n’ont pas la moindre chance de réussir dans la vie ou même de trouver un emploi qui puisse leur offrir une vie décente.

En tant que spectateur on sait évidemment que le personnage principal est interprété par une femme, et le même sentiment de «connaître le secret» s’installe également lorsque Albert rencontre le peintre Hubert Page, qui est également une femme en vêtements d’homme, mais qui est marié à une femme, ce qui est franchement scandaleux pour l’Irlande du 19ième siècle. L’amitié entre Hubert et Albert donne d’ailleurs lieu à la plus belle et la plus déroutante séquence du film: Le jour où celles qui passent leur vie habillées en homme mettent des habits de femme pour se promener à la plage, on a – en tant que spectateur – l’impression de découvrir deux hommes portant des vêtements de femme! L’effet est hallucinant et prouve que, pendant ces moments d’une beauté intense, celui qui regarde le film a soudainement oublié qu’il est en présence de deux actrices.

ALBERT NOBBS Réalisateur: Rodrigo Garcia; avec Glenn Close, Mia Wasikowska, Aaron Johnson, Brendan Gleeson, Janet McTeer, Pauline Collins, Brenda Fricker; GB/Irlande 2011, 113 minutes.

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