Berlinale 2012
Paolo, Vittorio, Spiros et Angelina
PETITES SURPRISES Si la Berlinale 2012 ne sera pas un grand cru, la première semaine nous a quand-même valu son petit lot de toiles surprenantes.
La plus belle phrase de l’édition 2012, c’est dans CESARE DEVE MORIRE de Paolo et Vittorio Taviani que nous l’avons entendue: «Depuis que j’ai découvert l’art, ma cellule ressemble à une prison». Le film, un semi documentaire craquant de 74 minutes, mis en scène avec une précision d’orfèvre par les frères italiens dont on n’avait plus rien vu depuis des années, évoque une expérience assez unique dans l’univers carcéral italien. En effet, à l’initiative d’un réalisateur de théâtre, des hommes incarcérés dans une prison à haute sécurité (des assassins, des violeurs, des trafiquants, des pontes de la mafia) jouent «Julius Caesar» de William Shakespeare devant un grand public enthousiaste. Le film raconte le casting des acteurs, les premiers contacts avec les vers du barde, les interactions entre les prisonniers qui, parfois, manquent de se sauter à la gorge, avant de – peu à peu – tomber amoureux des arts de la scène. À voir les gueules de ces «acteurs», on se dirait tombé sur tous les «goombahs» du «Parrain» de Coppola se retrouvant dans un état de grâce absolu. Le coup d’éclat de ce film magnifique a réveillé un festival qui, jusque-là, était quelque peu somnolent, et devra se retrouver à coup sûr dans le palmarès final.
Tout aussi surprenant mais nettement plus difficile à faire apprécier dans les salles par un public qui n’est plus prêt à découvrir des choses qui sortent des normes, METEORA (notre photo) du réalisateur grec Spiros Stathoulopoulos mêle prise de vues réelles et animation pour le plus improbable des sujets: une histoire d’amour et de découverte des plaisirs de la chair entre le moine Theodoros (grec-orthodoxe) qui vit dans un monastère perché haut sur un rocher, et une religieuse (russe-orthodoxe), qui vit au monastère sur le rocher opposé, et qui n’est accessible que par un système de poulies et de filets que l’on fait monter et descendre. Cette histoire de passions et d’amours interdits est mise en scène avec une sobriété exemplaire et un formidable sens de la beauté plastique, où les images des fameux monastères de Météora perdus dans les brumes éternelles se fondent dans quelques séquences animées d’une beauté fulgurante. Et même si les deux protagonistes s’adonnent à ce que certains considèrent comme une activité subversive, on a l’impression que le Dieu qui leur sourit à la fin du film est vraiment un dieu de l’amour. Il faut un peu de patience pour se fondre dans l’univers de cette belle œuvre, mais une fois qu’on s’est fait happer par ces images venues d’un autre monde, on s’y perd comme dans un enlacement érotique sans fin. Il n’y a que dans les festivals où on tombe sur ce genre de bijou qui vous agrippe sans crier gare.
Sans crier au chef d’œuvre (le film est d’une facture classique et sa construction scénaristique est très américaine), il faut dire que Angelina Jolie, pour sa première réalisation, nous a surpris avec un film d’une grande sobriété sur la guerre des Balkans. IN THE LAND OF BLOOD AND HONEY raconte le génocide des musulmans organisé par les Tchetniks serbes en Bosnie-Herzégovine, et relate le sort des femmes qui sont victimes de viols collectifs et répétés. En prenant comme point de départ une histoire d’amour entre un homme serbe et une femme musulmane, Angelina Jolie (qui a tourné le film en langue serbo-croate) part d’une situation scénaristique tout à fait convenue pour y intégrer tous les excès et toutes les horreurs que le conflit meurtrier a engendré sur les Balkans. Le film sortira rapidement sur les écrans luxembourgeois, nous y reviendrons donc bientôt.
Pour le reste, la première semaine du festival nous a valu un drame allemand agréable (BARBARA de Christian Petzold), un film philippin énervant sur une prise d’otages (CAPTIVE de Brillante Mendoza), un inquiétant film français sur l’enlèvement et la séquestration d’une jeune fille pendant des années (A MOI SEULE de Frédéric Videau), un film sénégalais sur la dernière journée d’un homme qui sait qu’il va mourir (AUJOURD’HUI/TEY d’Alain Gomis) et – hors compétition – une superproduction sur une quête folle d’un jeune garçon qui a perdu son papa lors des attentats du 11 septembre 2001 (EXTREMELY LOUD AND INCREDIBLY CLOSE de Stephen Daldry). Voilà, tout est dit, en espérant quand même d’autres bonnes surprises comme METEORA ou CESARE DEVE MORIRE pour les prochains jours.


