Home » Télérevue » CinéCritique » Comment les banques nous baisent – The Big Short

Comment les banques nous baisent – The Big Short

Il y a des spectateurs qui sortent leur flingue quand ils entendent «un film sur le système financier». Ils ont tort: «The Big Short» est fascinant et très près de la vérité!

En 2005, Michael Burry (Christian Bale), un analyste financier asocial et amateur de musique métal, découvre que les «subprimes», les prêts utilisés dans l’immobilier, sont en fait des produits sur le point d’imploser. Contre l’avis de ses supérieurs, il décide de parier contre ces instruments financiers, car il est persuadé que le marché va flancher. De son côté, Jared Vennett (Ryan Gosling) sent également le vent tourner et en parle à Mark Baum (Steve Carell), un financier idéaliste dont le frère s’est suicidé à cause de pertes boursières, et à son équipe. Après des recherches approfondies, ils découvrent que ses craintes sont fondées et décident également de parier contre les «subprimes». Jamie Shipley et Charlie Geller, deux jeunes spéculateurs à la tête d’un modeste fond d’investissement, veulent aussi leur part du gâteau…

Une des raisons pour lesquelles le marché financier américain (donc mondial) s’est royalement cassé la gueule entre 2006 et 2008 (les séquelles durent toujours, regardez donc les extraits bancaires de vos comptes d’épargne, où toute somme au-dessus de 5.000 € vous rapporte zéro pourcents), est celle que les apprentis sorciers de la haute finance ont créé des instruments tellement compliqués et opaques dont même eux ont perdu le contrôle. Evidemment, tourner un film tant soit peu intéressant sur des trucs aussi incompréhensibles que les magouilles de pratiquement toutes les grandes banques et sur l’implosion du marché foireux des «subprimes» qui a déclenché Armageddon en 2006, n’est pas chose facile – rien n’étant plus ennuyeux que de voir des banquiers devant leurs petits écrans sur un grand écran. Oliver Stone avait certes essayé par deux fois avec «Wall Street» et «Wall Street – Money never sleeps», tout comme Alan J.Pakula avec «Rollover» ou « Martin Scorsese avec «The Wolf of Wall Street», mais ce n’était pas toujours réussi. Pourtant, en s’attaquant au bestseller de Michael Lewis, «The Big Short – Inside the Doomsday Machine», le cinéaste et scénariste Adam McKay frappe un grand coup et signe ce que nous estimons être le meilleur film «financier» de tous les temps.

La matière traitée étant particulièrement complexe, McKay n’essaie même pas d’expliquer le truc à ses spectateurs, en fait il se fait plaisir en les bombardant de termes techniques de plus en plus compliqués pour les plonger tête première dans le capharnaüm des marchés financiers américains qui se sont emballés autour de la bulle immobilière dans la première décade du 21e siècle, avec les résultats que l’on connaît. Quelques intermèdes comiques mettant en scène des personnages célèbres qui expliquent les «subprimes» et leurs dérivés en termes laïques sont aussi cyniques que drôles, mais ils ne font qu’ajouter à la confusion ambiante dans laquelle pataugent les personnages principaux qui – eux – ont compris ce qui se trame à l’horizon et qui se mettent à parier contre un marché qui s’emballe toujours davantage. Le film, tout comme les marchés financiers, devient de plus en plus frénétique, les acteurs parlent à tort et à travers et le spectateur se sent de plus en plus aspiré par le vacuum du cyclone qui se pointe à l’horizon – tout en s’amusant comme un fou à voir des acteurs utilisés à contre-emploi jouer les rôles les plus fouillés de leurs carrière: Christian Bale, Ryan Gosling, Steve Carell et Brad Pitt en loups de Wall Street, il faut les voir pour le croire. À moins d’être totalement opaque au monde des finances, le film fournit au spectateur l’illustration parfaite de l’avarice ambiante qui règne désormais sur les marchés financiers dans le monde, puisque même les «héros» du film ne sont rien d’autre que des rapaces qui se nourrissent de la catastrophe provoquée par le système auquel ils s’attaquent. «The Big Short» devrait être vu par tous les membres du personnel de la «Banque Centrale luxembourgeoise» et de la «Commission de Surveillance du Secteur Financier». Utopolis leur fera certainement un prix!

Horaires

THE BIG SHORT ★★★★
Réalisé par Adam McKay / avec Christian Bale, Ryan Gosling, Steve Carell, Brad Pitt, Melissa Leo / USA 2015, 130 minutes / Utopolis Kirchberg

Teilen ...Email this to someoneShare on Google+Print this pageTweet about this on TwitterShare on Facebook
Author: Philippe Reuter

Login

Lost your password?