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Daniel bat Toni

KEN LOACH – Deuxième Palme d’Or cannoise pour le réalisateur britannique qui, à la surprise générale, remporte le pactole pour son excellent drame social «I, Daniel Blake».

«À Cannes, cette année, avec Woody et Ken, on a déjà prouvé que c’est dans les vieilles marmites qu’on mijote les meilleurs plats.» C’est avec ces mots que nous avions clôturé notre deuxième billet cannois, la semaine passée. Il faut dire en effet qu’on a souvent tendance à oublier les films présentés dans les premiers jours du festival quand arrive le moment de distribuer les Palmes. Cette année, alors que tout le monde s’attendait à ce que le jury fasse la part belle à un merveilleux film allemand, «Toni Erdmann» de Maren Ade, qui avait apporté une énorme bouffée d’air frais sur la Croisette, ces messieurs-dames entourant le Président George Miller ont choisi de couronner le très socialement engagé et émouvant «I, Daniel Blake» de Ken Loach (notre photo), un cinéaste qui sera octogénaire d’ici trois semaines. On a beau critiquer le Festival de Cannes d’inviter toujours les mêmes cinéastes (ceux qui ont amplement fait leurs preuves), mais les jurys ont souvent tendance à donner raison aux programmateurs. Etant fans du grand Ken depuis toujours, nous nous réjouissons de sa deuxième Palme (après celle de «The Wind that shakes the Barley»), même si nous estimons scandaleux que les jurés aient complètement éclipsé Maren Ade de leur Palmarès. Les «Cahiers du Cinéma» ont même proclamé qu’un excellent festival a été gâché par un jury aveugle. C’est un peu facile de répéter ce genre de truc chaque année, mais même sans prix, ces films existent et leur sélection cannoise et leur accueil les aidera certainement dans leurs carrières en salle.

Pas de protestations de notre part pour le Grand Prix du Jury décerné à «Juste la fin du monde» de Xavier Dolan, le «jeune» de l’étape qui n’a que 27 ans et qui sera certainement porteur d’une Palme d’ici quelques années. Son film primé est l’adaptation très dynamique d’une pièce de théâtre sublimée par une bande d’acteurs en osmose parfaite – Nathalie Baye, Vincent Cassel (terrifiant), Marion Cotillard, Léa Seydoux et Gaspard Ulliel. Le film était un de nos chouchous, sa récompense nous enchante. Pour ce qui est des prix d’interprétation, le jury aurait pu se rattraper sur l’actrice allemande Sandra Hüller (qui est sensationnelle dans «Toni Erdmann»), mais le jury a choisi de se rabattre sur une actrice philippine non-professionnelle, Jaclyn José pour le film «Ma’Rosa» de Brillante Mendoza, où elle joue une mère qui se bat pour la survie de sa famille. Le prix d’interprétation masculine à Shahab Hosseini dans «Forsuhande/Le client» ainsi que le prix du meilleur scénario pour le même film (écrit et réalisé par le grand Asghar Fahrhadi) rend amplement justice à une des œuvres les plus fortes de la sélection 2016.

Nous sommes beaucoup moins prêts à suivre le jury dans le reste de ses choix. Donner son Prix du jury à l’interminable «American Honey», un road-movie assommant de près de trois heures, est – pour nous – une négation de tout ce que nous aimons dans le cinéma. On ne peut pas nier une certaine dynamique au film, mais à force de se répéter et de tourner en rond, notre cerveau s’est révolté au bout de 90 minutes et a refusé d’absorber un iota de plus d’un film qui n’arrêtait plus de se terminer. Quant à couper le Prix de la mise en scène en deux entre le risible Olivier Assayas («Personal Shopper») et l’excellent cinéaste roumain Cristian Mungiu («Baccalauréat») est le genre de décision qui fait penser à un jury indécis qui a fait des concessions foireuses.

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Author: Philippe Reuter

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