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De knuffege Secret vu Lëtzebuerg

FAUSTINO – Ayant accompagné Andy Bausch depuis ses débuts, ce critique a souvent été accusé d’une trop grande indulgence envers un des piliers du cinéma luxembourgeois.

N’empêche que, plus de 35 ans plus tard, Andy Bausch continue de tourner régulièrement des films qui trouvent régulièrement leur public et qui font de lui, ensemble avec Marco Serafini (qui a tourné exclusivement pour la télévision) l’un des deux cinéastes les plus prolifiques de notre pays, puisque sa filmographie doit désormais approcher une cinquantaine de titres. Donc dites-vous bien que «ce critique», qui sévit depuis plus de 40 ans, n’a de compte à rendre à personne et qu’il continuera d’aimer ce que nous livre régulièrement l’homme à la casquette légendaire.

Andy Bausch a toujours été la bête noire des intellectuels et, sans doute pour se venger de la façon la plus subtile qui soit, l’homme vient de tourner un documentaire sur un «entertainer» de première catégorie, qui – de fil en aiguille – donne carrément de l’urticaire à ces mêmes intellectuels qui adorent chier d’une altitude de 10.000 mètres sur tout ce qui est «divertissement populaire». Une phrase-clé de «Faustino» veut savoir que «certains Luxembourgeois se prennent beaucoup trop au sérieux», et c’est bien là que le bât blesse. Nous avons perdu la faculté (mais l’avons-nous jamais eue?) de rire de nous mêmes. Le signataire de ces lignes passerait volontiers 24 heures d’affilée chez un dentiste pour se faire traiter les gencives plutôt que de participer à la «Päischtcroisière» pour écouter Fausti, mais cela ne veut pas dire que Monsieur Cima, qui a une étrange ressemblance avec Jerry Lewis, ne l’a pas fait s’esclaffer de rire plus d’une fois avec une de ses parodies de chansons.

J’ai cru lire dans un papier d’une confrère que «Faustino» (qui est un documentaire) n’était guère cinématographique, qu’il contenait certaines longueurs et des redites. Pour les longueurs, il est vrai que les têtes parlantes peuvent paraître lassantes à quelqu’un qui ne fait qu’écouter les paroles sans regarder ce qu’il voit, mais dites-vous bien que je considère ce nouveau travail d’Andy Bausch comme un de ses films les plus dynamiques depuis longtemps. D’abord (et c’est une bonne chose) pour des raisons de temps et de budget, le cinéaste n’a inclus qu’un minimum de séquences reconstruites, dont – par le passé – certaines boitaient considérablement et cassaient le rythme des films. Andy s’est cette fois concentré sur ce qui fait finalement l’âme et la dynamique d’un film – le montage. Pour une fois, et nettement plus que dans ses films précédents, Andy Bausch (ensemble avec son monteur Marc Recchia) s’est attaché à rythmer son documentaire par un des montages les plus réussis et les plus versatiles jamais vus dans une production nationale. Cette approche qui consiste à varier et à entrecouper les interviews diverses par un montage alternatif et souvent rapide est, pour moi, la véritable révélation du film, puisque elle donne une dynamique à un matériau brut qui, sans cet exercice de haut-vol, aurait effectivement pu devenir redondant.

Les dessous de l’homme-orchestre

Quant à Fausti, qui n’est pas toujours quelqu’un de facile à vivre, il est italien de souche et une «testa quadra» légendaire. S’il est adoré par beaucoup de Luxembourgeois, il est aussi la bête noire de beaucoup de ses anciens collaborateurs et collègues, ce qui est d’ailleurs dit plus d’une fois dans le film. «Faustino» est donc tout sauf un encensement bêtifiant de celui qui, à 75 ans, est encore et toujours capable de remplir les salles de bal et de faire danser et chanter des milliers de fans. Un de ces jours, Fausti fera peut-être même chavirer le paquebot de la «Päischtcroisière» et on l’entendra jouer «Zwou Bulle Mokka» sur son orgue légendaire, alors que les femmes et les enfants s’empileront dans les canots de sauvetage en scandant «Vaschgelift». Tel le capitaine du «Titanic», il sera le dernier à couler avec le bateau et il continuera de jouer… de jouer… de jouer!

Horaires

FAUSTINO – ONE MAN SHOW ★★★★★
Réalisé par Andy Bausch / avec Fausti Cima, Alice Cima, Tony Schuster, Jochen Pützenbacher, Dan Spogen, etc. / Luxembourg 2015, 90 minutes; Utopolis Kirchberg et Belval

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Author: Philippe Reuter

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