Home » Télérevue » CinéCritique » Foxcatcher – Une tragédie américaine

Foxcatcher – Une tragédie américaine

Les grands films se suivent et ne se ressemblent pas. Primé «meilleur réalisateur» à Cannes, Bennett Miller plonge son public dans un drame du sport terrifiant.

Dans les années 1980, David Schultz et son frère Mark sont des champions du monde de lutte. Le multimillionnaire John DuPont les invite alors à son gymnase personnel ultramoderne afin qu’ils s’entraînent sous sa gouverne avec son équipe, les «Foxcatcher», en vue des Jeux olympiques de Séoul en 1988. Mark accepte l’offre immédiatement, y voyant l’opportunité de s’améliorer et de sortir enfin de l’ombre de son grand frère. David, pour sa part, refuse d’abord la proposition de DuPont, puis finit par céder à ses avances. Malheureusement, le taciturne John DuPont a une personnalité instable, son désir d’être enfin respecté par son père et par sa vieille mère aveugle en fait un homme dangereux…

Il doit y avoir plein de gens qui sont allergiques aux films dits «de sport» dont le public américain continue pourtant de raffoler, alors que ces productions se cassent généralement la figure auprès des spectateurs européens, sauf s’il s’agit de films genre «Rocky». Disons donc tout de suite que «Foxcatcher» n’est pas un film triomphaliste comme les Américains les produisent à la pelle, mais – au contraire – un thriller hautement dramatique doublé d’un véritable film d’auteur, qui a d’ailleurs valu à son réalisateur Bennett Miller le «Prix de la Mise en scène» au dernier Festival de Cannes. La présence au générique de l’imposant «hunk» Channing Tatum et du généralement très drôle Steve Carell pourrait donner l’impression qu’il s’agit d’un pur divertissement, mais attention, si vous allez voir «Foxcatcher» pour vous marrer, vous allez vite déchanter car plus noir que ce film, tu meurs. Pour faire court, disons que «Foxcatcher» est un film Utopia plutôt qu’un film Utopolis.

Steve Carell, méconnaissable, joue le meilleur rôle de sa carrière

Le tout est évidemment basé sur une histoire vraie qui s’est terminée de façon dramatique dans les années 1980, lorsque John DuPont, l’héritier multimilliardaire mentalement instable a littéralement pété un plomb. Au moment de découvrir le film à Cannes, nous ne connaissions pas les détails de ce drame, que nous ne détaillerons pas ici non plus pour ne pas gâcher la tension que le film distille tout au long de ses 130 minutes de projection. Oui, «Foxcatcher» est un film qui prend tout son temps pour développer le climat malsain où, en quelque sorte, des sportifs de très haut niveau vendent leur âme au diable qui finira par s’emparer de leur corps et de leur âme.
Outre le fait que le scénario du film est admirablement écrit et que la mise en scène est d’une subtilité peu fréquente au sein du cinéma américain actuel, «Foxcatcher» est avant tout un film d’acteurs. Channing Tatum n’est certes pas connu pour la subtilité de ses rôles habituels, mais il se fond à cent pour cent dans un personnage attiré par la personnalité de son bienfaiteur potentiel, comme un papillon de nuit est attiré par la lumière. Mark Ruffalo, un grand acteur sous-employé à Hollywood, est très convaincant dans le rôle du frère qui incarne la voix de la raison, tandis que Steve Carell, totalement méconnaissable, interprète ici le meilleur rôle de sa carrière – qui lui a d’ailleurs valu une nomination aux Oscars et aux Golden Globes. «Foxcatcher» est un des très grands films de ce début d’année prometteur.

FOXCATCHER ★★★★
Réalisé par Bennett Miller / avec Channing Tatum, Mark Ruffalo, Steve Carell, Anthony Michael Hall, Sienna Miller / USA 2014, 130 minutes / Utopolis

Teilen ...Email this to someoneShare on Google+Print this pageTweet about this on TwitterShare on Facebook
Author: Philippe Reuter

Login

Lost your password?