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Good Kill – Folamour ne rigole plus

Un film de guerre qui ne plaît pas du tout aux militaires américains… ça doit être un gage de qualité.

Il existe deux affiches pour «Good Kill». La première est traditionnelle et totalement «glamour», elle montre Ethan Hawke en très gros plan et elle est censée attirer les midinettes qui vont voir les films pour les beaux gosses et leur belle gueule. Cette affiche porte un slogan et explique tout: «If you never face your enemy, how can you face yourself?» La deuxième affiche est nettement plus efficace. Elle est de couleur rouge, elle ne porte aucun slogan et montre juste l’image d’un drone baignant dans une mer de sang ainsi que le titre du film, «Good Kill». Pour voir cette affiche aussi réussie que cynique, il faut chercher sur Internet, car elle n’est certainement pas destinée à vendre des billets de cinéma. Cette efficacité et cette simplicité graphique nous font repenser à l’époque, où le regretté Saul Bass dessinait encore des affiches de cinéma.

Depuis une base militaire du Pentagone située dans le désert non loin Las Vegas, le major Thomas Egan (Ethan Hawke) télécommande des drones qui survolent le Moyen-Orient. Ancien pilote de chasse, il excelle dans sa spécialité de surveillance et d’élimination des terroristes. Malgré la grande précision des frappes aériennes, il arrive que parmi les victimes on compte des enfants et des femmes. Quotidiennement, Egan est confronté à des dilemmes déchirants dont l’impact se fait sentir inévitablement sur sa vie personnelle…

Top Gun, c’était hier!

En tant qu’ancien pilote de chasse de la génération Top Gun, Egan déteste son nouveau boulot. Chaque jour, il est enfermé des heures durant dans un petit cagibi de juste quelques mètres carrés, où – à l’aide d’une manette genre «Playstation» – il devient maître sur la vie et la mort de «cibles» (des terroristes, des hommes, des femmes, parfois des gosses) qui se trouvent à des milliers de kilomètres de la sécurité du désert américain, dans un autre désert où à chaque instant, la mort peut venir du ciel.

C’est d’ailleurs aussi pourquoi une grande partie des prises de vue sont filmées en plongée extrême, comme si Dieu lui même observait tout ce petit monde de sa position privilégiée dans le ciel. Il voit – toujours depuis la même perspective – comment les bons Américains vivant dans leur petit paradis envoient les feux de l’enfer sur les mauvais terroristes à l’autre bout du monde – et ceci sans se salir les doigts ou risquer des représailles.

La guerre sale est donc devenue propre. Et les excités de la manette qui sont devenus les pilotes de chasse de la nouvelle génération se divisent en deux catégories – ceux qui exécutent les ordres sans broncher, tout en mâchant leur chewing gum en tuant des «bad guys», et ceux qui, comme Thomas Egan, se posent des questions sur les implications morales de leur activité de tueries «chirurgicales» et «cliniques». Pour Egan, son questionnement de ces activités devient de plus en plus pressant lorsque l’état-major laisse la place à la C.I.A., dont les agents n’y regardent pas de trop près lorsqu’il est question de «dommages collatéraux». On peut donc dire que «Good Kill» est un film de guerre sur l’Amérique de nos jours, où les implications morales sont subordonnées à la volonté des services secrets.

Nul besoin de préciser que l’état-major américain n’est pas fan d’un film comme celui-ci. Andrew Niccol n’a pas eu la moindre collaboration de l’armée américaine et la machine de propagande s’est même retournée contre le film puisque «Good Kill» (qui est terminé depuis 2014 et qui a été montré au Festival de Venise en septembre dernier) ne sort qu’aux Etats-Unis la semaine prochaine. Et il ne faut pas être prophète pour prédire qu’il ne va pas faire beaucoup d’entrées!

Horaires

Good Kill ★★★★
Réalisé par Andrew Niccol / avec Ethan Hawke, January Jones, Zoe Kravitz, Bruce Greenwood / USA 2014, 102 minutes / Utopolis Kirchberg

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Author: Philippe Reuter

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