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La disparue

PUZZLE – Dans «The Captive», Atom Egoyan fait éclater son récit en mille morceaux. Au spectateur de se débrouiller…

Les kidnappings ont décidément le vent en poupe par les temps qui courent. Après «Prisoners» (2013) du Québécois Denis Villeneuve et «Gone Girl» de l’Américain David Fincher, qui est toujours à l’affiche, c’est cette fois au Canadien Atom Egoyan de raconter une histoire similaire, tout en essayant, par le biais d’un scénario sous forme de puzzle, de brouiller les pistes. «The Captive» est un film surprenant à plus d’un égard. Il fut présenté en avant-première mondiale au dernier Festival de Cannes, où il a été copieusement sifflé par une partie du public, un public sans doute surpris par le choix du réalisateur (longtemps un chouchou de la critique internationale) de se lancer dans le cinéma populaire avec tous les clichés inhérents au genre du thriller. Et comme l’histoire en soi n’est pas vraiment originale, Egoyan a pris le public à rebrousse-poil en la racontant tel un puzzle que le spectateur doit lui-même assembler. Le film saute d’une époque à l’autre sans crier gare, et les spectateurs qui ne sont pas habitués à ce genre de va-et-vient dramaturgique, risquent de perdre le fil rouge au bout de quelques minutes. «The Captive» n’est pas le genre de film où on peut sortir pour faire le plein de popcorn toutes les demi-heures!

Il n’a fallu que quelques minutes d’inattention de la part de Matthew Lane pour que sa fille Cassandra disparaisse sans laisser de traces. Pendant huit ans, l’équipe d’enquêteurs dirigée par Nicole a bien tenté d’élucider le mystère entourant cet enlèvement, mettant elle-même, sans le vouloir, sa vie en danger. Lorsque Cassandra refait subitement surface sur le web, l’espoir renaît chez Matthew, sa femme et le service de police. Tout porte à croire, cependant, que la jeune fille gardée en captivité est désormais utilisée comme appât par un groupe de kidnappeurs pour piéger leurs futures victimes…

Bien le bonjour de Natascha Kampusch

Comme le film révèle assez tôt que la jeune fille n’est pas morte et qu’elle s’est accommodée de sa captivité, on ne peut pas vraiment considérer «The Captive» comme un film à suspense, où le spectateur est censé se mordiller les ongles jusqu’au générique de fin. Atom Egoyan s’intéresse plutôt à la déconstruction du récit narratif traditionnel hollywoodien, où tout doit toujours fonctionner selon une formule bien établie pour ne pas déconcerter le public popcornophage. Tout au long du film, on ne peut pourtant pas s’empêcher de penser au cas de la jeune Natascha Kampusch qui a défrayé la chronique en Autriche il y a quelques années… et dont Egoyan a dû s’inspirer. En mêlant les clichés du genre à une histoire qui est restée dans toutes les mémoires, le réalisateur canadien s’expose évidemment au critiques, d’autant plus que son récit contient quelques maladresses qui frisent le ridicule (surtout vers la fin) et qui ont d’ailleurs provoqué les réactions négatives à Cannes.

Cela dit, et la présence au générique de Mireille Enos (la femme flic très spéciale dans la série de télévision américaine «The Killing») semble le confirmer, Atom Egoyan a plutôt orienté son scénario vers les séries télévisées récentes, où les scénaristes ont tout le loisir d’étirer leur récit sur plusieurs épisodes, tout en se permettant un maximum de libertés narratives. Cette technique n’est certes pas du goût de tout le monde, d’autant plus qu’il y a plein de gens qui n’ont pas encore découvert la richesse des séries américaines comparées à la pauvreté du cinéma mainstream d’outre-Atlantique. Il faut donc une certaine ouverture d’esprit pour apprécier «The Captive» à sa juste valeur, tout en sachant que Atom Egoyan n’a pas entièrement réussi son coup. Mais malgré quelques séquences qui font grincer des dents, mieux vaut un Egoyan quelque peu raté que pas d’Egoyan du tout.

THE CAPTIVE ★★★

Réalisé par Atom Egoyan; avec Ryan Reynolds, Mireille Enos, Scott Speedman, Rosario Dawson, Kevin Durand; Canada 2014, 112 minutes; Utopolis Kirchberg

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Author: Georges Noesen

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