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La fille inconnue: Une affaire de rachat

Les films des frères Dardenne sont reconnaissables entre mille. Ou bien on aime leurs histoires émouvantes des gens simples, ou bien on s’en méfie. Même constat pour «La fille inconnue».

Un soir, bien après l’heure de fermeture de son cabinet, une jeune médecin généraliste entend quelqu’un sonner à sa porte, mais refuse d’aller voir. Le lendemain, elle apprend par la police qu’on a trouvé une femme morte pas loin de chez elle. Jenny Davin se sent tout de suite mal à l’aise, et quoiqu’elle n’ait pas encore vu les images-vidéo de la victime qui cherchait vraiment de l’aide pour échapper à une possible agression, on se doute de ce qui va se passer par la suite. Et bingo! «La fille inconnue» est le long récit d’une rédemption.

Du fait que la fille assassinée était sans papiers, l’héroïne du nouveau film de Luc et Jean-Pierre Dardenne s’obstinera à retrouver le nom de l’inconnue. Histoire de lui offrir une tombe. Un lieu où trouver la paix. Une paix que la toubib (Adèle Haenel, impressionnante) perdra progressivement jusqu’à la fin trop heureuse et en même temps un peu kitsch du drame. Les frères belges ont bien fait de faire confiance à cette actrice qui par son regard candide donne du crédit à son personnage à la fois enfantin et batailleur. N’empêche que son enquête personnelle tourne vite en rond et qu’on finisse par s’en lasser.

Présenté en compétition officielle au dernier festival cannois, «La fille inconnue» partage les critiques. Tandis que les uns parlent d’un diamant brut, d’autres reprochent aux réalisateurs maintes fois primés d’avoir fait un film sans surprise. Une oeuvre qui rassure plutôt qu’une oeuvre qui interroge. Comparé à l’imprévisible «Le silence de Lorna» ou au radieux «Deux jours, une nuit» qui suscitaient une émotion immédiate et intense, l’histoire de ce docteur qui cherche si obstinément du pardon s’avère justement assez fade.

S’y ajoutent quelques clichés maladroits: le cabinet comme confessionnal, le docteur comme témoin de la misère sociale, une protagoniste comme presque sainte qui boit du Nescafé avec ses patients et qui refuse même une structure mutualisée afin de rester plus près des malades «pauvres». Enfin, sans vouloir offenser l’altruisme du docteur Gavin, ce n’est pas vraiment réaliste. Par contre, on dirait: Quel joli un conte de fées!

Quant à la mise en scène, les frères Dardenne restent néanmoins fidèles au cinéma de leurs débuts de documentaristes: beaucoup de silence et de temps réel, une caméra près des hommes, pas de lumière artificielle, mais des images ultra-sobres et des dialogues réduits à quelques mots posés avec gêne. Il faut aimer cet univers sans rayon de soleil. Sinon on désespère vite. Dans les films précédents nettement plus radicaux du duo, il y avait toujours une sorte de bouée de sauvetage, un personnage à qui on pouvait s’accrocher afin de ne pas noyer dans le misérabilisme omniprésent.

Dans «La fille inconnue», Jenny Davin n’est pas à la hauteur de ce défi. Elle qui veut tout savoir, soit sur la victime soit sur les maux de ses patients, reste bien cachée dans l’ombre de la trame. On n’apprend quasiment rien sur elle ou son passé, sauf qu’en tant que symbole de la vocation médicale, de la bonté et de la simplicité, elle se sacrifie littéralement pour les autres. «Tu dois être plus fort que les émotions si tu veux bien soigner», gronde-t-elle son stagiaire dans une des premières séquences du film. Malgré que la suite de l’histoire la contredira, les moments émouvants sont très rares. Trop rares.

Horaires

La fille inconnue ★★★★★
Réalisation: Luc et Jean-Pierre Dardenne, avec Adèle Haenel, Olivier Bonnaud, Jérémie Renier / B/F 2016, 113 minutes / Utopia

Gabrielle Seil

Journalistin

Ressort: Kultur

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Author: Philippe Reuter

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