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Le sans-faute du jury

TAXI – Pour une fois ce critique avait vu juste dès le deuxième jour du Festival de Berlin, où l‘Ours d‘Or amplement mérité est allé au cinéaste iranien Jafar Panahi.

Les lecteurs assidus de ces colonnes se souviennent sans doute des réactions peu amiables ici même il y a douze mois, quand ce même critique s’emportait sur le jury berlinois qui avait primé non un, mais deux films chinois très moyens, alors qu’ils étaient passés plus ou moins à côté de merveilles comme «Boyhood», «The Grand Budapest Hotel», «Die Geliebten Schwestern» ou encore «Kreuzweg». Mais bon, on n’y peut rien, chaque jury est différent, chaque jury est imprévisible – surtout quand ils ne priment pas les films que VOUS avez aimés. Rien de tout cela cette année, puisque le président Darren Aronofsky et ses co-combattants Martha De Laurentiis, Claudia Llosa, Audrey Tautou, Matthew Weiner, Bong Joon-ho et Daniel Brühl ont fait un parcours sans fautes, puisque leur palmarès réunit tous les films que nous avons adorés cette année.

L’Ours d’Or à Jafar Panahi pour «Taxi» était évident dès sa présentation à la presse, tellement ce cinéaste à qui le régime iranien interdit de travailler et de voyager a su braver tous les obstacles pour nous emmener dans un voyage totalement dingue dans Téhéran. Ceux qui ont cru en un prix majeur pour les interminables lamentations de Terrence Malick (Knight of Cups) ou de Alexei German jr. (Under electric clouds) ont vite déchanté, Malick étant reparti les mains vides, tandis que le film russe s’est partagé un Ours d’Argent pour les prises de vue avec le directeur de la photo de «Victoria», qui – lui – a tourné son film de deux heures et 20 minutes en un SEUL plan, sans que la caméra ne s’arrête une fois. «Victoria », qui a reçu le prix du public, était LE tour de force de cette Berlinale.

Le Grand Prix du Jury au film chilien «El Club» de Pablo Larrain nous a également fait plaisir. Ce film radicalement anticlérical raconte l’exil d’un groupe de prêtres «coupables» des pires excès dans un endroit désert aux fins fonds du Chili, où ils sont forcés de faire face à leurs démons intérieurs et extérieurs. Toujours plus fort, le jury «nous» a également suivis dans notre appréciation sans bornes pour un très beau film venu du Guatemala (notre premier film guatémaltèque), «Ixcanul Volcano», qui raconte le destin d’une jeune femme travaillant dans une plantation de café et qui tombe enceinte d’un autre homme alors qu’elle est censée sauver sa famille en s’aventurant dans un mariage arrangé.

Pour une fois, le jury était ni sourd ni aveugle

Et la fête continue, puisque les Ours d’Argent des meilleurs interprètes ont récompensé Charlotte Rampling et Tom Courtenay, les deux protagonistes de «45 Years», l’émouvante chronique d’un mariage qui s’effrite alors que le couple est sur le point de célébrer son 45ième anniversaire. Nous ne sommes pas enchantés des ex-æquo dans les palmarès de festival, mais l’ours d’argent du meilleur réalisateur partagé entre le roumain Radu Jude pour «Aferim!» et la polonaise Malgorzata Szumowska pour «Body» réunit deux nouveaux cinéastes venus des pays de l’est qui ont amené un peu de vent frais dans la compétition berlinoise.

Le seul petit regret que nous avons à formuler, c’est que le tonitruant et choquant «Eisenstein in Guanajuato» de Peter Greenaway n’ait pas trouvé grâce aux yeux du jury. Mais on ne peut pas tout avoir!

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Author: Georges Noesen

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