Encore un film sur la dernière guerre mondiale diront les uns, encore un film sur les camps de la mort diront les autres. «Le Fils de Saul» les fera taire!
Octobre 1944, au camp de concentration Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer (Geza Röhrig) est membre du «Sonderkommando», un groupe de prisonniers juifs isolés du reste du camp et forcés d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible: sauver le corps de l’enfant des flammes, trouver un rabbin dans l’enceinte du camp et offrir à l’enfant une véritable sépulture…
Tout comme «Eng nei Zäit» (n’en déplaise à certains) n’est pas un énième film luxembourgeois sur la Deuxième Guerre mondiale, «Le Fils de Saul» n’est pas un énième film sur l’univers concentrationnaire nazi. Certes, de Charles Chaplin et «The Great Dictator» à «Elle s’appelait Sarah» de Gilles Paquet-Brenner, en passant par «Nuit et Brouillard» d’Alain Resnais, «Shoah» de Claude Lanzmann, «La vita é bella» de Roberto Benigni et «Schindler’s List» de Steven Spielberg, la thématique a été traitée sous toutes les coutures… et parfois aussi avec une certaine indécence. Il y a ceux qui disent – et ils n’ont pas vraiment tort – que même le meilleur des films réalisé par le plus talentueux des réalisateurs n’arrivera jamais à rendre compte adéquatement de l’horreur qui régnait dans les camps. Le simple fait de placer une caméra devant des acteurs et les décors reconstruits d’un camp de la mort est, selon certains, déjà un geste indécent. Soit, mais face à la recrudescence de tendances fascistes un peu partout en Europe – même dans des pays qui ont beaucoup souffert sous l’occupation nazie – ce genre de film ne pourra jamais être considéré comme superflu voire indécent. Ce qui est arrivé en Europe entre 1933 et 1945 ne doit jamais être oublié.
Les «Sonderkommando» n’ont jamais vraiment été traités au cinéma. Ce furent des déportés juifs auxquels les SS accordaient certaines faveurs, tout en les forçant à exécuter des tâches particulièrement odieuses. Ces «commandos spéciaux» accueillaient les trains de la mort, étaient présents aux côtés des déportés quand ils se déshabillaient pour rentrer dans les chambres à gaz, puis devaient s’occuper du nettoyage des lieux et de l’élimination des corps dans les fours crématoires ou des charniers. Les prisonniers des SK étaient mieux traités et mieux nourris que les autres, mais ils furent éliminés régulièrement par les SS qui voulaient effacer toute trace et tout témoin de leurs crimes.
«Le fils de Saul» est un film qui vous prend par la gorge dès la première séquence et ne vous lâchera plus. Filmé sur pellicule plutôt qu’en numérique, avec une caméra plantée tout le temps dans la nuque du protagoniste, Saul Ausländer est à l’écran pendant toute la durée du film. En voyant ce qui se passe dans les salles d’arrivage, dans les douches, auprès des fours et dans les environs du camp de concentration à travers les yeux du personnage principal, le spectateur ne peut se désister à la routine horrifique qui se met en place devant lui –minute par minute, heure par heure, jour par jour. On n’y échappe pas! Mais l’horreur vécue «en direct» n’est jamais mise en scène d’une façon «spectaculaire», au contraire. En percevant les crimes commis par les Nazis sur des dizaines de milliers de Juifs, on est témoin direct et impuissant de la façon industrielle dont l’Allemagne fasciste organisait l’éradication de six millions d’hommes, de femmes et d’enfants.
Horaires
SAUL FIA / LE FILS DE SAUL ★★★★★
Réalisateur: Laszlo Nemes / avec Geza Röhrig, Levente Molnar, Urs Rechn, Todd Charmont / Hongrie 2015, Grand-Prix Festival de Cannes 2015 / Ciné Utopia.






