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Mommy – Xavier Dolan

Il est jeune, il est québécois, il tourne plus vite que son ombre, il agace et il fascine. Et il aurait dû remporter la Palme d’Or à Cannes. Ou au moins le Grand Prix.

Si vous filmez avec votre téléphone et si vous n’êtes pas tout à fait timbré, vous filmerez horizontalement, ce qui vous donnera une image au format panoramique, donc large. Si, par contre, vous êtes timbré, vous utiliserez votre téléphone de façon verticale…et vous aurez un format de timbre-poste plus ou moins carré. Xavier Dolan qui, avec «Mommy» en est déjà à son cinquième long-métrage (après «J’ai tué ma mère/2009», «Les amours imaginaires/2010)», «Laurence Anyways (2012)» et «Tom à la ferme /2014»), doit être totalement timbré, puisqu’il a tourné la majeure partie de son «Mommy» en format 1:1, donc carrément carré. À part quelques très belles scènes où l’écran s’ouvre dans toute sa splendeur panoramique, vous verrez donc un film dont l’image ressemble à celle d’une pochette de disque. Mieux vaut donc que le Ciné Utopia prévienne ses clients de ce format très peu orthodoxe (rien à voir d’ailleurs avec les formats académiques 1:1.33 ou 1:1.37), sinon la caissière risque d’avoir plein de réclamations, l’image n’étant utilisée qu’à un tiers de sa capacité.

Un film en format pochette de disque

Tout juste expulsé du centre pour jeunes en difficulté qu’il fréquente, Steve (Antoine Olivier Pilon) doit emménager avec sa mère Diane (Anne Dorval) dans une petite maison de banlieue. Hyperactif et violent, Steve a une propension à la confrontation et des troubles d’apprentissage. L’arrivée d’une voisine enseignante en année sabbatique, Kyla (Suzanne Clément), aide à apporter un peu d’équilibre dans la relation houleuse entre la mère et le fils. Petit à petit, Diane, Steve et Kyla développent une complicité pour leur bénéfice mutuel. Mais cet état de bonheur ne dure qu’un temps, et Steve retombe bientôt dans ses mauvaises habitudes…

Deuxième source d’agacement possible auprès des spectateurs, «Mommy» est parlé en québécois, le film a donc été sous-titré en «vrai» français pour que nous autres mortels comprenions ce qui se passe à l’écran. Autant vous dire que, du moins pour le spectateur lambda peu ou prou enclin aux expériences insolites, le cinquième film de Xavier Dolan représente un véritable challenge. Mais qu’on se le dise – une fois que l’on s’est accommodé de la musique très particulière du québécois et du format pour le moins inhabituel, ce que l’on voit et entend à l’écran est tout à fait fabuleux. Le film est porté par la performance tout à fait explosive du jeune comédien Antoine Olivier Pilon qui, selon au moins les trois quarts du public cannois, aurait été un candidat idéal pour le prix d’interprétation à Cannes qui, comme on sait, a été raflé par le non moins monumental Timothy Spall pour Turner. Jamais, l’hyperactivité TDAH aura-t-elle été interprétée avec plus de crédibilité que par ce diable de jeune homme, dont les explosions de colère sont aussi impressionnantes que ses moments d’euphorie.

Les films de Xavier Dolan ne sont pas toujours commodes, le cinéaste ayant un goût prononcé pour la provocation. On parle donc énormément dans «Mommy», mais jamais pour ne rien dire. Nous ne savons pas combien de ces dialogues percutants se trouvaient déjà dans le scénario et quelle part a été réservée à l’improvisation des comédiens, mais le résultat final est hallucinant. Oui, «Mommy» a beau agacer par moments puisqu’il prend son public à rebrousse-poil, mais quelle verve, quelle puissance, quel talent fou de tous les participants à l’aventure!

MOMMY ★★
Réalisé par Xavier Dolan / avec Antoine Olivier Pilon, Anne Dorval, Suzanne Clément, Patrick Huard, Alexandre Goyette / Québec 2014, 138 minutes / Ciné Utopia

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Author: Philippe Reuter

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