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Mr. Turner – Peindre la lumière

Si vous n’aimez ni la peinture, ni les biographies d’artistes, ce très beau film de Mike Leigh vous laissera de glace. Tant pis pour vous!

Les dernières années de l’existence du peintre britannique, J.M.W Turner (1775-1851). Artiste reconnu, membre apprécié quoique dissipé de la Royal Academy of Arts, il vit entouré de son père qui est aussi son assistant, et de sa dévouée gouvernante. Il fréquente l’aristocratie, visite les bordels et nourrit son inspiration par ses nombreux voyages. La renommée dont il jouit ne lui épargne pas toutefois les éventuelles railleries du public ou les sarcasmes de l’establishment. À la mort de son père, profondément affecté, Turner s’isole. Sa vie change cependant quand il rencontre Mrs Booth, propriétaire d’une pension de famille en bord de mer…

Disons le d’emblée, il y a des gens qui n’aiment pas les biographies filmées, ce qui est leur bon droit, ils s’abstiendront donc d’aller découvrir «Mr. Turner» de Mike Leigh, un des cinéastes les plus intéressants et les plus versatiles du Royaume Uni. Si Leigh est surtout connu pour ses films à consonance sociale et/ou politique, l’homme se fait parfois plaisir en s’aventurant sur le terrain glissant de la comédie du genre «Happy-Go-Lucky», ou la biographie dont il avait déjà tâté dans «Topsy-Turvy» sur les compositeurs d’opérette Gilbert & Sullivan. En s’intéressant à la vie et à l’œuvre du grand peintre anglais Turner, Mike Leigh a signé son film le plus ambitieux et certainement son film le plus somptueux.

Dès les premières images en Hollande, filmées par un Dick Pope particulièrement inspiré, le spectateur a l’impression de rentrer directement dans les peintures de Turner, tellement les couleurs chatoyantes de l’écran cinémascope rendent justice au travail du peintre. Evidemment, «Mr. Turner» est un film de facture classique sur un peintre classique, ce qui veut dire que ceux qui attendent une mise en scène moderne seront sans doute déçus, pas de caméra à l’épaule ici! À Cannes, la critique était divisée entre ceux qui, comme nous, ont accueilli le film avec enthousiasme et ceux qui trouvaient «ça» gnagnan et vieux jeu. Tant pis si on nous traite de vieux jeu, pour nous, «Mr. Turner» c’est du cinéma. Comme le furent jadis «Lust for Life» de Vincente Minnelli (sur Vincent van Gogh) ou «Moulin Rouge» de John Huston (sur Henri de Toulouse-Lautrec).

Timothy Spall n’a pas volé sa Palme

Turner était ce que les Anglais appellent un «curmudgeon», ce qui se traduit par grincheux et avare, un véritable «grinch» du monde de la peinture qui n’était pas aimé par ses artistes contemporains puisqu’il les traitait souvent comme une merde. À l’écran, ce personnage parfois peu recommandable et coléreux est interprété par Timothy Spall, ce qui lui a valu le Prix d’Interprétation à Cannes cette année. Quelle performance, quel brio, vous n’en croirez ni vos yeux, ni vos oreilles. Certains critiques ont cru savoir qu’il ne se passait pas grand-chose dans le film en termes d’action, une affirmation qui n’engage qu’eux. Bien évidemment que ce n’est pas la Guerre des étoiles! Mais pour ceux qui aiment les belles choses dans un bel écrin, «Mr. Turner» est un des grands films de 2014 qu’il ne faut surtout pas rater.

MR. TURNER ★★★★★
Réalisé par Mike Leigh / avec Timothy Spall, Paul Jesson, Doroth Atkinson, Marion Bailey, Sandy Foster, Ruth Sheen / GB 2014, 150 minutes /Ciné Utopia

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Author: Philippe Reuter

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