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Sœur Sourire

MARIE HEURTIN – Alors que violence, cynisme et veulerie font régulièrement partie de ce que l’on montre sur nos écrans, Jean-Pierre Améris raconte juste une très belle histoire vraie.

En découvrant les premières séquences de «Marie Heurtin», les cinéphiles qui connaissent leurs classiques sur le bout des doigts ne manqueront pas de se remémorer deux chefs d’œuvre des années 1960/70: «The Miracle Worker/Miracle en Alabama», d’Arthur Penn, sorti en 1992, sur la vie de Helen Keller, et «L’enfant sauvage» de François Truffaut, découvert sur nos écrans en 1970. À cette liste, on pourrait ajouter «Nell» de Michael Apted (1995), qui traita également d’un «enfant sauvage», mais qui était un peu trop axé sur le «numéro» de Jodie Foster. C’est surtout l’esprit de «Miracle en Alabama» qui est omniprésent dans ce nouveau film – si vous ne l’avez jamais vu, essayez de vous le procurer en DVD.

Le film de Jean-Pierre Améris est  inspiré de faits réels qui se sont déroulés en France à la fin du 19ème siècle. Née sourde et aveugle, Marie Heurtin (Ariana Rivoire), âgée de 14 ans, est incapable de communiquer avec le reste du monde. Son père, modeste artisan, ne peut se résoudre à la faire interner dans un asile comme le lui conseille un médecin qui la juge «débile». En désespoir de cause, il se rend à l’institut de Larnay, près de Poitiers, où des religieuses prennent en charge des jeunes filles sourdes. Malgré le scepticisme de la Mère supérieure, une jeune religieuse, Sœur Marguerite (Isabelle Carré), insiste pour s’occuper du  «petit animal sauvage», qu’est Marie et de tout faire pour la sortir de sa nuit. Sœur Marguerite est très malade elle-même…

Un beau film, tout simplement

En lisant ce bref synopsis, où on lit qu’une bonne sœur au grand cœur mais très malade se dévoue corps et âme à une jeune fille sourde et muette, on peut avoir de sérieux doutes sur l’orientation du film, mais il n’en est rien, heureusement. Grand athée devant le Seigneur, ce critique reste tout sauf béat devant ce genre d’histoire, d’autant plus que récemment, l’église catholique et les représentants de Dieu sur Terre n’ont pas été que des anges. Mais mis à part une séquence finale émouvante dans un cimetière qui s’approche dangereusement de l’imagerie sulpicienne que le reste du film évite consciencieusement, «Marie Heurtin» n’a pas grand-chose à voir avec le terme de «martyr» que le film aurait pu véhiculer chez un réalisateur moins sensible que Jean-Pierre Améris. D’une sobriété exemplaire, porté par deux actrices formidables (Ariana Rivoire, elle-même née muette, et Isabelle Carré), le film a trouvé le juste ton entre sombre tragédie et conte lumineux pour raconter ce que d’aucuns considéreront comme un miracle, mais ce qui, en fait, n’est que le résultat de l’acharnement et de la volonté de fer d’une jeune religieuse qui ne voulait tout simplement pas abandonner celle que l’on lui avait confiée.

Si la musique du film aurait gagné à être un tantinet plus raffinée, il faut néanmoins noter que le réalisateur a eu le bon sens de l’utiliser que par petites touches, les séquences clé du film étant soit muettes, soient accompagnées uniquement par les bruits de la nature. «Marie Heurtin» est donc une œuvre calme et réfléchie qui ne manquera pas de vous soutirer l’une ou l’autre larme. Vu la nature de son histoire et la nécessité de traduire le langage de signes en langue compréhensible pour le public dans la salle, le film est sous-titré en français, ce qui permettra également aux sourds et malentendants de le découvrir. Dommage qu’Utopia n’ait pas daigné nécessaire de communiquer sur ce point!

 

MARIE HEURTIN ***

Réalisé par Jean-Pierre Améris / avec Ariana Rivoire, Isabelle Carré, Brigitte Catillon, Laure Dutilleul, Martine Gautier / France 2014, 98 minutes / Ciné Utopia / sous-titres pour sourds et malentendants  

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Author: Georges Noesen

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