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Steve Jobs – Le ver dans la pomme

En 1984, l’homme d’affaires Steve Jobs (Michael Fassbender) lance l’ordinateur personnel Macintosh capable de dire «bonjour». En coulisses, toute son équipe est sur le pied d’alerte pour «l’événement le plus important du 20e siècle». Peu de temps après, sa relation avec le président du conseil d’administration John Sculley (Jeff Daniels) se trouble en raison des ventes décevantes. Ils se livrent une chaude lutte de pouvoir au terme de laquelle Jobs est congédié. En 1988, il lance de son côté la station de travail NeXT, réservée au secteur de l’éducation, avec l’aide de brillants collègues qu’il a pu entraîner avec lui. Dix ans plus tard, Jobs a repris pied dans la compagnie qu’il avait cofondée. L’entreprise Apple introduit alors l’iMac, une gamme d’ordinateurs colorés destinés au grand public…

En 2013, un premier film (baptisé «Jobs») avec Ashton Kutcher dans le rôle principal n’avait pas convaincu grand monde et s’était rapidement cassé la figure au box-office des deux côtés de l’océan. On peut donc légitimement se demander pourquoi d’autres producteurs et un autre cinéaste ont cru nécessaire de se lancer dans une affaire similaire. Financièrement parlant, leur aventure ne s’est pas mieux terminée que l’autre, mais du point de vue artistique, la mise en scène de Danny Boyle, le scénario et les dialogues co-écrits par Aaron Sorkin et le casting mirobolant avec, entre autres, Michael Fassbender, Kate Winslet (méconnaissable), Seth Rogen (étonnant), Jeff Daniels et Michael Stuhlbarg atteignent des dimensions qui laissent rêveur.

Le cinéaste britannique Danny Boyle est un touche-à-tout qui aime changer de genre film après film, mais dont les dernières aventures nous avaient un peu laissés sur notre faim. Dans «Steve Jobs», avec la complicité du dialoguiste Aaron Sorkin et d’une bande d’acteurs qui frisent le génie, Boyle revient sur le devant de la scène et signe un film tout à fait passionnant. Contrairement à l’autre film, les produits d’Apple jouent ici un rôle beaucoup moins important, bien que les trois volets de l’histoire tournent à chaque fois autour de l’introduction d’un nouvel ordinateur. Steve Jobs a beau avoir été un génie de l’informatique et du marketing, ses relations avec son entourage étaient tout sauf harmonieux. Alors que le film avec Ashton Kutcher tentait de gommer l’aspect déplaisant de la personnalité mégalomaniaque du patron d’Apple, Boyle et Sorkin plongent tête première dans la vie privée de celui que d’aucuns ont qualifié de «scumbag» (ordure) tout en l’admirant pour sa réussite et son esprit d’innovation en tant que P.-D.G. de la firme à la pomme. On peut, en tant que Apple Geek (comme le signataire de ces lignes) admirer les produits qui ont facilité la vie de beaucoup de journalistes, tout en constatant – bouche bée – que les relations de Jobs avec son entourage direct était houleuses tout le temps. Jobs marchait littéralement sur les cadavres si cela permettait à ses projets d’avancer. Même chose pour les relations avec sa fille illégitime qu’il mit très longtemps à accepter et dont il traitait la mère comme la dernière des merdes.

«Steve Jobs» est un film où on parle beaucoup, tout le temps, mais on ne parle jamais pour rien dire. Les échanges entre Jobs et ses collègues (certains diraient «ses minions») sont tellement bien écrits qu’on en a les larmes aux yeux, surtout quand on est confronté semaine après semaine au manque d’imagination de la plupart des scénaristes américains. Grâce au travail de Sorkin et des acteurs, Danny Boyle retrouve une deuxième jeunesse, puisque son film est passionnant de bout en bout. Et si, après avoir vu «Steve Jobs», vous voulez découvrir une autre facette du talent de Boyle, visionnez donc sa série policière «Babylon» sur Netflix.

Horaires

STEVE JOBS ★★★★★
Réalisateur: Danny Boyle / avec Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen, Jeff Daniels, Michael Stuhlbarg, Katherine Waterston / USA 2015, Utopolis Kirchberg.

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Author: Philippe Reuter

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