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Un taxi pour Téhéran

JAFAR PANAHI – Malgré une interdiction de voyager et de pratiquer son métier, le cinéaste iranien continue de faire des pieds de nez au gouvernement iranien. Cette fois, il fait le taxi.

Alors que le Festival de Berlin a sorti ses gros canons pour fêter son 65ième anniversaire, en s’ouvrant sur Juliette Binoche explorant le Pôle Nord dans NOBODY WANTS THE NIGHT d’Isabel Coixet et sur Nicole Kidman à dos de chameau dans QUEEN OF THE DESERT de Werner Herzog, ce furent surtout des petits films qui nous ont frappés par leur originalité, leur beauté, leur courage ou leur folie lors des premiers jours de festival. Avec une simplicité désarmante, Jafar Panahi se colle derrière le volant de son TAXI (notre photo) à Téhéran
et filme ses clients à l’aide d’une petite caméra montée sur le tableau de bord. Avec son air improvisé (il ne l’est pas), ce film du plus malicieux des cinéastes brave tous les interdits politiques en nous dressant le portrait d’une société où tout est sujet à interdiction, poursuites et bravades. Le film qui a fait rire le Festival de Berlin et qui fera sans doute rire jaune le régime iranien, est notre premier candidat à un prix majeur.
Il sera présenté dans le cadre de Luxfilmfest d’ici quelques semaines. Un taxi pour Téhéran
JAFAR PANAHI – Malgré une interdiction de voyager et de pratiquer son métier, le cinéaste iranien continue de faire des pieds de nez au gouvernement iranien. Cette fois, il fait le taxi.

Deuxième surprise de taille, IXCANUL (Volcan) de Jayro Bustamente nous est venu du Guatemala. De mémoire de ce cinéphile, il n’a jamais vu un film guatémaltèque. Parlé en espagnol et surtout en langue «kaqchiquel», ce petit film haut en couleurs, tourné en cinémascope et coproduit par la France est venu nous rappeler que le cinéma sert aussi à découvrir des pays et des peuples de l’autre bout du monde. L’histoire de cette jeune ouvrière dans une plantation de café qui tombe enceinte d’un autre homme alors qu’elle est sur le point de subir un mariage arrangé est simple comme bonjour…et c’est cette simplicité qui rend le film si attachant.

Ces dernières années, le cinéma allemand n’a pas souvent brillé par son originalité, rien ne nous avait donc préparé au choc provoqué par VICTORIA de Sebastian Schipper, qui raconte – en temps réel, c’est à dire en 140 minutes – le casse d’une banque qui tourne mal. L’originalité du film consiste dans le fait qu’il a été tourné dans un plan continu (!), c’est à dire sans que la caméra ne s’arrête une fois pendant 2 heures et 20 minutes. Un film totalement fou, avec des personnages complètement dingues qui va bien au-delà du tour de
force technique. Eprouvant et énervant, un voyage au bout de la nuit comme on n’en a jamais vu!

Dans 45 YEARS de Andrew Haigh, Charlotte Rampling et Tom Courtenay s’apprêtent à célébrer leur 45ième anniversaire de mariage, lorsqu’un télégramme vient jeter un pavé dans la
mare. La femme qui, jusque-là, était d’avis qu’elle vivait un mariage heureux, apprend que son mari était sur le point de se marier avec une autre femme (enceinte!) lorsque celle-ci tombait dans une crevasse dans les alpes suisses. Alors qu’elle essaie de se dire que son couple était quand même réussi (même s’ils n’eurent jamais d’enfants), un sentiment de jalousie envers cette femme dont elle ignorait l’existence commence à gangréner son existence. Un film d’acteurs, mis en scène comme un «Kammerspiel» et rappelant les drames bergmaniens.

Le Festival de Berlin 2015 a déjà connu son lot de déceptions, avec, en premier lieu, la baudruche monumentale qu’est KNIGHT OF CUPS du cinéaste américain Terence Malick, qui s’enfonce une fois de plus dans un maelström de réflexions pseudo-philosophiques doublées
de bondieuseries indigestes sur fond d’images enregistrées n’importe où. Bien évidemment que la critique blasée a applaudi ce charabia interminable et assommante – il reste juste à espérer que le jury dirigé par Darren Aronofsky ne tombe pas dans le panneau de celui
qui fit illusion jadis, mais qui est désormais devenu le chantre de la fumisterie sans bornes.

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Author: Georges Noesen

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