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Comme un avion – La rivière sauvage

S’il fallait une preuve que la vie est un long fleuve tranquille, Bruno Podalydès l’apporte avec ce film espiègle et tendrement amoureux.

Michel (Bruno Podalydès), la cinquantaine, est infographiste. Passionné par l’aéropostale, il se rêve en Jean Mermoz quand il prend son scooter. Et pourtant, lui-même n’a jamais piloté d’avion. Un jour, Michel tombe en arrêt devant des photos de kayak: on dirait le fuselage d’un avion. C’est le coup de foudre. En cachette de sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain), il achète un kayak à monter soi-même et tout le matériel qui va avec. Michel pagaie des heures sur son toit, rêve de grandes traversées en solitaire mais ne se décide pas à le mettre à l’eau. Rachelle découvre tout son attirail et le pousse alors à larguer les amarres. Michel part enfin sur une jolie rivière inconnue. Il fait une première escale et découvre une guinguette installée le long de la rive. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de la patronne Laetitia (Agnès Jaoui), de la jeune serveuse Mila (Vimala Pons) et de leurs clients – dont la principale occupation est de bricoler sous les arbres et boire de l’absinthe. Michel sympathise avec tout ce petit monde, installe sa tente pour une nuit près de la buvette et, le lendemain, a finalement beaucoup de mal à quitter les lieux…

Non, ce n’est ni «La rivière sauvage», ni «Délivrance». Pensez plutôt «Alexandre, le bienheureux» d’Yves Robert, «Le bonheur est dans le pré» et «La vie est un long fleuve tranquille» d’Etienne Chatiliez, «Partie de campagne» de Jean Renoir, «Un dimanche à la campagne» de Bertrand Tavernier, et – un film américain pour la bonne mesure – «Man’s Favorite Sport» (Le sport favori de l’homme) de Howard Hawks. Vous mélangez le tout, y ajoutez une bonne dose de mélancolie et un zeste d’espièglerie et vous aurez «Comme un avion», un film français qui se démarque tellement de la production courante hexagonale que le cœur du critique a failli s’emballer outre mesure.

Oubliez l’humour crade et vulgaire de ce qui, ces jours-ci, se dit comédie des deux côtés de l’Atlantique, où on nourrit le public à coups de bêtifiants «Ted 2», de «Pitch Perfect 2 ou de «Profs 2», alors que l’invention, le charme, les trouvailles et la drôlerie se font de plus en plus rares sur nos écrans. Oui, récemment, nous avions bien aimé aussi bien l’américain«Spy» que le finlandais «Big Game», qui étaient certes de grosses farces réussies, mais auxquelles il manquait l’ingrédient primaire d’une vraie comédie, c’est à dire une âme. Le personnage de Michel, superbement joué par le réalisateur lui-même, est l’incarnation typique du clown moins triste que mélancolique, qui décide de partir pour la plus grande aventure de sa vie, mais qui, tel Sisyphe, a bien du mal à se délier de ses chaînes. Il part et repart pour toujours revenir au même endroit, là où les femmes sont belles et chaleureuses, là où les gens vivent une vie simple et heureuse en accord avec la nature, là où la bière et l’absinthe coulent à flots, là où les contraintes du quotidien et la course au succès sont soudainement très loin.

«Comme un avion» est un film où, pour dire vrai, il ne se passe pas grand chose, puisque le calme de la nature qui entoure Michel lors de son épopée de quelques kilomètres se décalque sur le spectateur qui se laisse flotter avec le héros de l’histoire. Ne vous attendez surtout pas à d’énormes éclats de rire, malgré une poignée de gags visuels dignes de Jacques Tati ou de Pierre Etaix, mais laissez vous envoûter par une atmosphère qui sent bien le soleil, l’été, les vacances, les guinguettes et les chalands qui passent. Ici, la vie est belle et surtout pas chère – et Dieu que les femmes sont lumineuses!

COMME UN AVION ★★★★
Réalisé par Bruno Podalydès / avec Bruno Podalydès, Sandrine Kiberlain, Agnès Jaoui, Vimala Pons, Pierre Arditi / F 2015, 105 minutes

Author: Philippe Reuter